Le terrier (Franz Kafka / Yann Even) – Avignon 2026

Le terrier (Franz Kafka / Yann Even) – Avignon 2026


photographie © Luc Verain 

Des bruits inquiétants, peu identifiables, une voix qui manque de distinction semble prononcer des sentences : un homme est mis en situation de vulnérabilité. Il s’agit alors de lutter avec obstination contre la persécution. Le personnage envisage des scénarios de conflits, comme victime de stratégies de prédation. Les ennemis sont d’abord à l’extérieur ; d’où la construction d’un réseau souterrain. Mais, en dépit du degré élevé d’élaboration du labyrinthe, subsiste un point de vulnérabilité, dont l’élimination engagerait trop d’effort et de mise en danger. La sécurité s’exprime sous la forme d’un paradoxe : la prudence exige de prendre des risques. Toutes les figures de la méfiance sont convoquées, puisque c’est jusqu’à l’intérieur que s’insinue la menace, intestine et finalement intime. Jouissant un instant de l’écoute du silence, le narrateur est pourtant alerté par le plus petit bruit, le moindre chuintement tellurique. 

Une métaphore de l’humanité, soumise à ses propres craintes, animée par son angoisse constitutive. Toutes les possibilités d’attaque, de fuite, de siège étant mises en échec, le possesseur du terrier se révèle seul. C’est finalement par l’identification à son habitat qu’on peut comprendre le développement de sa peur ; se préparant incessamment à l’affrontement, il ne mène ultimement qu’un combat contre lui-même. 
Une très belle adaptation de ce texte testament de Kafka, dont on a pu dire qu’il condensait sa démarche. Bien senti, bien interprété, le propos impose paradoxalement des restrictions scénographiques, que la compagnie conjure par une création sonore souvent glaçante mais bien élaborée : irrémédiablement isolé, Jean-Emmanuel Pagni incarne l’inquiétude permanente, dans un décor souvent réduit à l’obscurité, le visage exclusivement éclairé, tantôt projeté en gros plan en fond de plateau. Idoine. 

de Franz Kafka 

mise en scène Yann Even

avec Jean-Emmanuel Pagni 

 Création sonore Pierric Serre ; maquillage Patricia Even ; régie Christine Bartoli. 

Au Théâtre Présence Pasteur 13, rue Pont-Trouca 84000 Avignon Salle Jacques Fornier 

Du 4 au 25 juillet à 16h55, relâche les 9, 16, 23 juillet 

04 32 74 18 54 https://presence-pasteur.fr/leterrier/  

Le texte de la pièce est issu du récit posthume “Le terrier”, publié dans Œuvres complètes I, Paris, Gallimard, “Pléiade”, 2018, p. 957-996. 

Une création Artefact soutenue par la Collectivité de Corse coproduction : l’Aghja avec l’aide de La ville d’Ajaccio, Locu teatrale et Anima. 

Laisser un commentaire