Elena Bibolotti, Il corpo invaso

Elena Bibolotti, Il corpo invaso

Ce livre puissant traite du masochisme féminin et la culpabilité envisagés à l’angle de la psychanalyse. L’auteure ne prétend pas créer un opus scientifique mais la mise en scène du corps envahi. L’auteure ne l’exploite en aucun cas comme une thématique sensationnaliste, apte à susciter des réactions émotives fortes dans le but de captiver la libido du lecteur. A l’inverse, sous la forme d’un récit-fiction engagé, l’auteure explore les intrusions des mâles et même de la société qui impliquent des atteintes insupportables dans ce qu’il y a de plus authentique et de personnel chez une femme.
En ce sens, ce livre est un langage d’âme et de chair. Et la Bibolotti est au plus haut de sa verve et de son intelligence. Les violations (à divers registres) adressées aux femmes sont donc traitées même au-delà des savoirs scientifiques. Mais ce qu’écrit l’auteure ici semble pour l’ordre commun une transgression inacceptable car son texte gêne. Face à la vérité des victimes et soumises, exit pour elle tout « romantisme » désenchanté ou fiction réparatrice.

L’auteure a toujours les mots pour dire ce qu’est l’abus des masochistes, étrangement à corps défendant. Et existe – in utero dans cette écriture – une manière de maîtriser le corps des femmes pour qu’elles sortent de leur auto-négativité et ambiguïté. Portés par ce livre, nous voyons ce que joue le masochisme féminin par la mise en évidence les différentes formes d’«invasions» qui jaillissent dans la société et parfois dans la littérature italienne depuis le décadentisme jusqu’à nos jours.
L’auteure montre par histoires et nouvelles que les formes d’intrusion les plus variées sont bien loin de la possession démoniaque ou d’autres infiltrations surnaturelles. Ici, les parasites humains s’installent dans la chair et bien au-delà les déviances psychiques et troubles. Ici et surtout, les intrusions ne sont pas d’ordre pathologique mais du viol et de certaines pratiques sexuelles, qui ont un impact physique. Loin de toute provocation intellectuelle, la Bibolotti témoigne de manière paradoxale et s’empare de motifs narratifs récurrents. Le tout au sein d’une réflexion élaborée adressée à un lectorat relativement exigeant, loin du sensationnalisme en vue d’une consommation immédiate.

« Le corps envahi est le roman qui parle le mieux de mon malaise d’adolescence, les adultes qui m’ont publiquement réprimandée et envahie secrètement, me faisant me sentir comme une salope qui le cherchait. », précise l’auteure. Et elle ajoute que son roman hallucinant évoque « mon idolâtrie envers le mâle, dans une période pas si lointaine de droits refusés. ». Si bien que tout est dit pour comprendre la situation chez celle qui aime les hommes mais défend les femmes naïves qui, parfois et avant, étaient libres, mais pas tellement. Elle précise que le crime d’honneur a été aboli en 81 mais qu’aujourd’hui une droite politique ramène 50 ans en arrière. Rien de nouveau sous le soleil – Hélas… Mais existe là « lotta contiuna » des femmes. Dont au premier rang l’auteure.

Elena Bibolotti, Il corpo invaso, SadAbe Stoties, 2026, 150 p., via le facebook de l’auteure.

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