Dominique Fourcade, late Fourcades
Repères
Dans ce livre, dix-sept textes sont autant de différentes périodes simultanées de Fourcade, faisant écho à l’anglais, « late cezannes », par exemple, pour désigner ses dernières œuvres dont son Voilà c’est tout, P.O.L, 2025, où commençaient déjà diverses variations sur la fin, le tard, l’urgence. Mais pour le dire, ces poèmes nous permettent de croiser Proust, Cézanne, Matisse, Pasolini, David Lynch. Pour travailler ici l’écriture de Shakespeare, Emily Dickinson, William Carlos Williams, restent ces voix amies et inoubliables.
Tout se tisse et se tresse en s’ouvrant d’abord sur une brèche dans un mur : « la fente la plus féminine est celle que Cézanne a pratiquée, en 1902, dans le mur de la façade nord de l’atelier des Lauves qu’il faisait construire ». Par cette fente, le poème est mis à l’épreuve : » il y a une fente qui se propage et s’approfondit dans le fer de la page aux forges des souffrances ». Mais aussi des éblouissements.
Dominique Fourcade offre une verve lyrique traversée de façon rhapsodique par le désir et l’urgence, jusqu’à faire entendre la parole commune, générale, mais d’une intimité bouleversante dans un monde déchiré. Face à notre époque « tueuse, et tuante et à nouveau insensément cruelle, l’auteur maintient un murmure distinct entre des lèvres inconnues sur lesquelles on a peur de poser les siennes. Sa poésie possède toujours quelque chose parfois de décisif mais parfois en variations dont la leçon est annonciatrice du bord du gouffre collectif.
Mais sous tous les feux de l’apocalypses demeurent une consolation et une supplique dans cette incarnation du très riche nihil. Au sein de la joie déboitée, ces textes sont agités de brusques sauts, d’écarts successifs. Réduits à leur vertige, une vision que Bataille avait à peine imaginée demeure en une incantation emphatique textuelle. Le corps est à la fois vacant, trivial, mais « âminé ».
La présence des corps devient le mouvement dans la langue. Un tel livre met le désordre dans ce qu’on nomme avec trop d’imprécision l’amour et qui ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval. Il faut lâcher les brides à la femme ininterrompue. Elle est ici le volcan-séjour et se laiss faire par ses laves. Ses rameurs lèvent l’ancre. Ils viennent se poser dans ses brèches. Fourcade reste le premier.
jean-paul gavard-perret
Dominique Fourcade, late Fourcades, P.O.L éditeur, 2026, 144 p. – 18,00 €.