Alexis Pelletier, Incertain Mlash et trois autres bals perdus

Alexis Pelletier, Incertain Mlash et trois autres bals perdus

Pour faire parler Mlash, aussi certain qu’incertain, sa langue n’est pas une langue savante travaillée mais un montage d’éléments épars composés par quatre bals des maudits et quatre balles perdues en grappes de vers où la poésie jaillit spontanément.
Du français, Alexis Pelletier le démembre et le remembre pour faire tenir rythmiquement ensemble ses éléments dans une succession d’unités formelles dont la fonction – pour chacune séparément, puis toutes ensemble – est de capter et donner forme à une force. Et ce n’est plus qu’un début : Mlash suit depuis longtemps son auteur qui ne mâche pas ses mots là où les paragraphes versifiés fonctionnent comme une onde dont l’amplitude varie.

Jaillit – sous vraie fausse autobiographie – le mouvement de libérations de puissances endormies. Elles surgissent tant au plan de la langue que de la forme narrative. Pelletier a sans doute un sentiment que l’écriture et la composition deviennent une expérience de liquéfaction du langage et des formes du récit du monde « qui va s’effacer » mais « c’est le droit de dire et d’écrire », rappelle l’auteur.
Il a donc introduit dans le français une opacité et un trouble où deux figures se rencontrent ici : le Monsieur Songe de Pinget et le Plume de Michaux. Il réunit avec eux le commencement de l’histoire littéraire et sa marge postérieure à la littérature. En conséquence, Pelletier touche au désir de sortir de l’écrit mais pour atteindre le Cosmos qui devient le revers de l’Histoire humaine où Mlash attend et rêve d’appeler à l’humanité renaissante.

Face aux voix messianiques de la justice absente et du royaume où les premiers sont les derniers, le narrateur-héros se rêve bête-dieu et démiurge pour remettre le monde en place à l’instant où celui-là va s’abattre sous les armes des bourreaux. Alors, malgré le rire, l’epoir résiste mais ici la poésie rejoint la dystonie.

Alexis Pelletier, Incertain Mlash et trois autres bals perdus, Atelier Vincent Rougier, avril 2026, 32 p. – 13,00 €.

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