Jean-Marie Constant, Marie de Médicis. Une Européenne à la mode du XVIIe siècle
Une régence peu connue
C‘est un très beau portrait de Marie de Médicis qu’il nous est donné de lire ici. Un portrait à la fois personnel et politique.
Jean-Marie Constant réhabilite cette reine, femme d’Henri IV et mère de Louis XIII, qui souffre de plusieurs « défauts » dans les manuels d’histoire de France : elle est une femme qui a exercé le pouvoir dans le royaume de la loi salique, coincée entre deux monuments historiques – Henri IV et Richelieu -, Italienne de surcroît. Pourtant, on découvre une figure politique bien préparée à exercer le pouvoir, grâce à son royal époux, dotée d’un sens des affaires, habile manœuvrière, loin de son image de bigote plus ou moins fanatique. Surtout, elle est une Médicis, autrement dit une mécène, à laquelle Paris doit le palais du Luxembourg et Rubens d’avoir immortalisé son passage à la régence.
La régence de Marie de Médicis se caractérise ensuite par la mise en œuvre d’un véritable projet politique, de réconciliation des Français encore déchirés par les guerres de religion, et géopolitique de réconciliation avec l’Espagne des Habsbourg. Son grand succès reste le double mariage de ses enfants avec les ceux de Philippe III d’Espagne. Ce point constitue le cœur de l’ouvrage, d’abord parce qu’il révèle un dessein de paix en Europe qui disparait dans la décennie suivant sa chute, et ensuite parce qu’il se heurte à des oppositions irréductibles de la part de la noblesse et d’une partie de l’opinion publique.
Et enfin, en toile de fond de la régence, on trouve la noblesse imbue de son idéal de guerre et de gloire, de partage du pouvoir avec le roi et de défense de ses privilèges. Le prince de Condé joue le rôle du duc de Guise, avec une identique ambition, et la même erreur : croire qu’il est possible d’imposer au roi son « principal ministre ». On lit avec grand intérêt le fil des intrigues et des conflits politiques noués autour de ce grand seigneur qui paie de sa chute et de son emprisonnement ses folles ambitions, tandis que le Parlement de Paris joue sa propre partition.
Un livre éclairant sur une régence peu connue et pourtant cruciale de l’histoire de la monarchie en marche vers l’absolutisme.
frederic le moal
Jean-Marie Constant, Marie de Médicis. Une Européenne à la mode du XVIIe siècle, Perrin, mai 2026, 287 p. – 22,00 €.