Michel Bussi, Que la mort nous frôle
Quand les ombres et les non-dits…
Charly, 17 ans, émerge d’un cauchemar dans lequel Claudine est assassinée par le Dr Wilhelm Gruber aidé par Mattthias, son assistant. Son premier reflexe est de regarder l’heure sur sa montre qui indique lundi 21 septembre 1953 – 9h04. Il est aux Amarantes, un manoir situé sur les rives du lac Léman qui, depuis 1945, abrite des pensionnaires brisés par la guerre. Arrive Matthias qui veut le faire lever rapidement car il a rendez-vous avec sa nouvelle psy, Jeanne Moineau.
Son entretien éclaire la situation. Cela fait trois ans qu’il est là, placé par sa mère qui vient le voir assez régulièrement. Il a trois amis et ils sont inséparables. Cependant, Charly se sent menacé et s’inquiète, auprès de Jeanne, de l’absence de Caroline Keller, une jeune fille proche d’eux. Il y a eu deux autres cas de disparition. Aussi, quand elle lui révèle, avec réticence, que Caroline est morte d’une insuffisance cardiaque, il prend peur. Il ne veut pas mourir.
Lorsque le Dr Gruber s’entretient avec Jeanne, il décèle une recherche de la vérité. Aussi demande-t-il à Matthias de la surveiller. Il ne faut pas qu’elle puisse prévenir les gendarmes. Et Charly va entraîner ses amis dans une quête vers la vérité, une quête qui se révèle ardue car…
Délaissant quelques temps la Normandie, région chère à l’auteur, ce dernier installe son nouveau récit en Suisse, sur les bords du lac Léman. Il plante un décor bucolique en diable dans un cadre fait de sérénité. Cet institut spécialisé est parfait pour soigner des névroses de jeunes orphelins meurtris par la guerre. Autour de Charly se trouve Téréza, qu’il appelle Té, seize ans, orpheline du ghetto de Varsovie, en fauteuil roulant. Judith dite Jude anorexique de quinze ans. Et le petit Fausto De Luca, de douze-treize ans qui a passé deux ans dans un camp de concentration italien. Autour de ce groupe gravite Jeanne, atteinte d’une affection très rare en lien avec l’eau. Le Dr Gruber, un scientifique, semble poursuivre des objectifs mystérieux aidé, en cela, par Matthias qui, aux yeux de Jeanne, passe pour un chien fidèle vis-à-vis de son maître. Michel Bussi compose cette galerie avec des profils très étudiés, construits avec soins et pertinence par rapport au contexte.
Et c’est avec ces protagonistes, avec ces ingrédients, que le romancier développe un huis clos redoutable, un suspense psychologique palpitant, faisant se succéder révélations et rebondissements, coups de théâtre et contrecoups pour une intrigue d’une puissance remarquable. Tout est sujet à remise en cause, les interrogations se succèdent, mais ne risquent-elles pas de devenir sources de paranoïa ?
Parallèlement, Michel Bussi nourrit son récit d’une foule de détails tous adéquats dans ce cadre. Il Installe les statues de trois dieux du temps Chronos, Kairos, Aiôn, aux rapports différents sur la durée. Il distille quelques vers de Charles Trenet que Jeanne considère comme le meilleur poète, personne n’a rien écrit de plus beau depuis, sauf Brassens dont il égrène également quelques extraits de poèmes.
Il séquence son histoire sur quatre jours, chacun étant identifié par rapport à la mort. Il aborde un sujet délicat qui fait l’objet de nombreuses prises de positions dont certaines touchent à l’absurdité, dictées par la croyance en une légende.
Michel Bussi sait faire naître le suspense, faire croître une tension qui oblige à suivre son récit, devenir presque prisonnier de son histoire, avide d’arriver à la fin ne sachant pas comment ce diabolique écrivain va bluffer son lecteur. Et cela ne manque pas encore cette fois-ci !
serge perraud
Michel Bussi, Que la mort nous frôle, Les presses de la Cité, avril 2026, 456 p. – 22,90 €.