Pierre Le Pillouër, Scènes d’esprit (un journal en vers)

Pierre Le Pillouër, Scènes d’esprit (un journal en vers)


Jouant sur la métrique, les longueurs, les sonorités, le sens des vers – de l’alexandrin jusqu’à ne laisser qu’une lettre dans un vers –, l’auteur pratique le pile ou face. Histoire de renouer avec « TXT » dont il fut parfois dans le gruppetto bien loin du maillot Jaune Prigent.
Fort en cet héritage, Le Pillouër cultive une esthétique de le subversion en funambule mais mollo-mollo avec des jeux de mots étirés (« Emprunt si pâle » et « principal »). L’auteur reste cependant le maître des horloges lexicales, conjuguant le neuf avec du vieux non sans pratiquer d’habiles détours : Hergé, Héraclite, Proust par exemple mais aussi des références plastiques -Jean Eustache, Ozu, Bunuel.

Cela fait son effet mais c’est aussi une manière de tâter l’autobiographique éclatée en divers fragments hétéroclites pour que la compacité du moi et son culte feignent de se disperser. Cela reste une politesse eu égard à un père mi-figue mi-raisin et une mère amère sans oublier bien des amours ancillaires. Dans cette zone sentimentale, Pierre Le Pillouër navigue à brasses comptées et le zig dans le zag tout en affirmant qu’avec le temps sa métrique cherche une stabilité.
Demeure toutefois une forme d’affèteries entre le clair et l’obscur, « l’exercice d’idiotie » (Novarina) et la sempiternelle présence de l’ego dont les mots disent vouloir se rendre les moins moches possibles. Mais demeure l’ambition d’une poétique des signes et du cirque verbal afin de montrer aux lecteurs et lectrices une parfaite maîtrise.

Un tel projet se manifeste comme une opération complexe d’un néo surréalisme. L’auteur (qui suit son père) se met en scène sous forme d’archive inédite selon un procédé délibérément trompeur. Chaque poème est le résultat d’un processus génératif synthétique. mais construit de bric et de broc sur une mémoire artificielle qui n’a que peu de référents dans la réalité. Par cette tension entre une crédibilité visuelle extrême et l’absence totale de vérité référentielle, l’auteur crée ainsi ses variations et ses suites.

Pierre Le Pillouër, Scènes d’esprit (un journal en vers), Éditions Fidel Anthelme X, 2024, 50 p. – 10,00 €.

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