Florence Vuilleumier, Droit au vertige
Bascules
Droit au vertige retrace le vécu d’un corps féminin, s’attachant aux transformations et désirs qui le traversent. Ce récit poétique, écrit à la première personne, se construit comme une série de moments initiatiques, mêlant sans fard et avec concision des thèmes tels que la sexualité et la maternité. Dans un tel récit intime, Florence Vuilleumier, avec des mots précis, des dessins équivoques évoque une poétique entre délicatesse et sauvagerie, pour exprimer – au féminin – la sexualité, le corps, et le plaisir.
Son art multiple est empreint de douceur, Mais il est parfois cru et dru dans l’écriture de la Suissesse. Elle plonge ses lecteurs et lectrices dans un jeu subtil entre implicite et explicite, pour mieux cultiver le potentiel érotique du texte. Avec ses gouaches délicatement travaillées au lavis, l’autrice et artiste plasticienne crée un dialogue puissant entre textes et images, qui marque par son audace et son impudeur. Chaque page célèbre l’intimité amoureuse et la liberté sexuelle.
Plus que jamais proche des interrogations existentielles Florence Vuilleumier propose texte et images sur le sentiment amoureux. Ce dernier échappe ici à une visée platonicienne : la dimension physique n’est jamais absente. Pour aborder la question du désir, du manque et de l’oubli ce serait d’ailleurs tomber dans une impasse. La créatrice ne se veut ni clinicien, ni spécialiste de la question : d’où les multiples entrées et espace de la rencontre amoureuse et les blessures qu’elle induit. Le physique y rejoint la métaphysique par sauts et gambades, envolées et placages.
Elle ne se veut surtout pas qu’on le prenne pour un(e) Casanova. C’est à peu de chose près le contraire mais la question féminine reste son intérêt. Elle appartient à la catégorie de celles dont la promesse – parfois délusoire – n’est qu’un aiguillon, peut-être essentiel, dans le mode opératoire d’une quête du langage, du dessin et du dessein plus fondamentaux. Au besoin, la créatrice s’appuie sur l’absence d’une femme pour comprendre les vagues et les affres du plaisir. Ce dernier ouvre néanmoins sur des propensions plus profondes.
jean-paul gavard-perret
Florence Vuilleumier, Droit au vertige, art&fiction editions, coll. Pacific, Lausanne, 2025, 128 p. – 27,00€.