Antonin Malroux, La Grange au foin

Un peu décevant

Après le très tou­chant Une Poi­gnée de blé (Albin-Michel, novembre 2009), Anto­nin Mal­roux retourne dans son Can­tal d’origine (il habite désor­mais dans le Puy-de-Dôme : “C’est tou­jours l’Auvergne, mais ce n’est plus notre Can­tal” p231).
Son his­toire est ancrée dans le petit bourg de Boisset-le-Château, où le héros, Fré­dé­ric Sai­tur­bain, a grandi. Orphe­lin, il y a été élevé par les Lou­vière, pay­sans aimants et tra­vailleurs, chez qui il a appris la valeur du labeur. Jusqu’au jour où les gen­darmes l’ont emmené loin d’eux et d’un amour nais­sant, sans expli­ca­tions.
Quelque de vingt ans plus tard, il est devenu le pro­prié­taire a suc­cès de deux bras­se­ries pari­siennes, comme nombre de ses congé­nères. Membre reconnu du cercle des Auver­gnats de Paris, il mène une vie ryth­mée par les repas ser­vis à ses convives, sans se don­ner le temps de pen­ser ni à l’avenir ni au passé. Mais une valse avec une belle incon­nue fait rejaillir ce passé enfoui, et l’envie irré­pres­sible de retour­ner sur les che­mins de son enfance, de com­prendre pour­quoi ses lettres sont res­tées sans réponse.

Le livre nous pro­mène de la vie sur­me­née de Paris à la tran­quillité du Can­tal, où l’on pour­rait croire que les gens et les choses ne changent pas. En sur­face du moins. Les secrets de vil­lage sont enter­rés d’un accord tacite par ces tai­seux, ces gens un peu rustres qui peinent à par­ler de sen­ti­ments. Si les tra­vaux de la terre rame­naient le héros du roman pré­cé­dent à son vil­lage natal et à son passé, c’est la nour­ri­ture qui rac­croche Fré­dé­ric au “pays”. Il fait dégus­ter à ses clients les divines spé­cia­li­tés du coin : “un plat can­ta­lien : la truf­fade, et un autre plus avey­ron­nais : l’aligot” (p 17).
À tra­vers le par­cours d’un de ces nom­breux migrants Auver­gnats, arra­chés à leur terre par a néces­sité de gagner sa vie, Anto­nin Mal­roux res­ti­tue l’atmosphère à la fois cha­leu­reuse et rude des vil­lages du Can­tal pro­fond. On retrouve avec plai­sir les des­crip­tions de cette cam­pagne nour­ri­cière, les détails pit­to­resques qui la rendent à nulle autre pareille. On y ren­contre aussi des per­son­nages pareils à ceux que l’on a croi­sés si l’on a vécu dans ces vil­lages : rudes, le cuir tanné, avec les gestes sécu­laires (“[il] sou­leva son béret pour se grat­ter la tête”) que l’on a vu un grand-père faire mille fois. On dîne avec les per­son­nages à l’Hôtel des Voya­geurs du Rou­get, on arpente les ruelles d’Aurillac.
Mais, si cet ouvrage parle à notre cœur de lec­teur can­ta­lien dans l’âme, peut-il aussi tou­cher un public plus vaste ? Un public de pro­fanes qui n’auraient jamais entendu par­ler de pounti ?

Reste donc, pour convaincre les éven­tuels récal­ci­trants, l’histoire elle-même. Hélas, après un début de roman pro­met­teur en intrigues, secrets de famille, rup­tures et récon­ci­lia­tions dif­fi­ciles, amours com­pli­quées et retour vers le passé, les choses semblent se dérou­ler trop vite et trop aisé­ment.
Aucun frein aux retrou­vailles entre les amou­reux de naguère, des décou­vertes peu sur­pre­nantes et atten­dues, même le vieil aigri mau­vais à sou­hait, sur lequel repo­saient nos der­niers espoirs, devient sans qu’on com­prenne vrai­ment pour­quoi doux comme l’agneau. Dom­mage, on aurait pré­féré un peu de sus­pense, quelques révé­la­tions savam­ment ame­nées, bref, de quoi titiller la curio­sité du lecteur.

agathe de lastyns

 

   
 

Anto­nin Mal­roux, La Grange au foin, Albin Michel, novembre 2010, 265 p.- 19,00 €

 

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