Philippa Gregory, L’héritage Boleyn

Philippa Gregory, L’héritage Boleyn

Un grand livre d’histoire, rempli de fureur et de violence

XVIème siècle. Angleterre. A la cour du Roi Henry VIII, le Barbe-bleue du Moyen Age, quelques personnages clefs :

– sa première femme Catherine d’Aragon : répudiée elle lui a donné 2 filles ( dont Marie Tudor ) que le roi va exiler et un fils qui meurt mystérieusement . Ce divorce sera à l’origine du schisme anglican
– sa 2ème femme Anne Boleyn qui ne lui donne pas d’enfant et sera décapitée sur ordre du Roi tandis que tout un dossier sera fabriqué pour adultère, inceste et trahison
– sa 3ème femme Jane Seymour qui décèdera dans l’indifférence royale en lui donnant un fils.

Il est vieux , 40 ans, gras, au bord de la démence, sent horriblement mauvais, d’abord à cause de son haleine mais surtout parce qu’au cours d’une joute il a été blessé à une jambe et que cette blessure s’est infectée d’où cette odeur pestilentielle qui ne le quitte pas et s’incruste même dans les tentures. De plus il a des problèmes intestinaux (constipation) et lâche à tout moment des pets sonores et malodorants. Mais c’est le Roi ! Il lui faut une autre femme et choisit Anne de Clèves car cela lui permet de faire alliance avec le duché protestant.
Le duc de Clèves est ravi de se débarrasser de sa sœur qui va devenir reine d’Angleterre et par cette alliance donner plus de poids au duché. Anne elle aussi est ravie de partir car après la folie de son père elle n’aura plus à supporter les mesquineries, l’avarice et le harcèlement moral de sa mère et de son frère qui la laissent partir sans dot et presque sans escorte
Mais à cause du mauvais temps son voyage pour rallier l’Angleterre dure plus longtemps que prévu. Le roi , impatient, se porte à sa rencontre incognito et déguisé sale et puant, plaque un gros baiser bien gras sur les lèvres d’Anne qui crache par terre de dégoût. Sans doute à cause de ce geste le roi n’aimera jamais sa femme, le mariage ne sera jamais consommé. Cependant le roi a jeté les yeux sur une demoiselle d’atours : Catherine Howard. Pour se rendre libre, car la petite calculatrice lui tient la dragée haute : mariage ou rien du tout bien entendu, en jouant de la prunelle et de ses atouts, il essaie de monter un dossier accusateur contre Anne. S’il est impuissant c’est de sa faute, c’est une sorcière qui l’a envoûté…

Malgré tous les moyens utilisés, l’accusation n’est pas validée par les juges et le divorce est prononcé. Anne suivant les désirs du roi sera sa sœur et il va lui assurer un château, des biens, une rente. Mais tant que le roi sera en vie, Anne vivra dans une terreur permanente qu’il change d’avis et ne la fasse exécuter.
Il va donc pouvoir épouser Catherine Howard : jeune, 14 ans, écervelée, presque analphabète mais gaie, rieuse, aimant danser, les belles robes et les bijoux et voulant être reine ! Elle se comporte comme une catin : malgré son dégoût, le mariage est largement consommé mais pas de naissance. Dans l’ombre, deux intrigants tirent les ficelles : l’ambitieux comte de Norfolk, oncle des Boleyn et de Catherine Howard et Jane Boleyn, belle sœur de la 2ème reine, cupide, sans sens moral. C’est sur les conseils de Norfolk et pour garder son titre qu’elle a confirmé les accusations d’inceste et de trahison qui ont envoyé Anne Boleyn et son frère, le propre mari de Jane, la tête sur le billot. C’est aussi à cause de ce manipulateur que le schisme anglican a lieu ; le roi tombe dans une débauche d’exterminations : prêtres brûlés, églises détruites et malheur à celui qui ne fera pas le signe de croix dans le bons sens à l’élévation de l’eucharistie !

Norfolk pour asseoir sa puissance veut à tout prix un héritier royal et avec la complicité de Jane Boleyn il jette dans les bras de la reine un jeune damoiseau qui devient son amant. Catherine a des excuses elle est jeune, frivole et doit supporter un être abject, répugnant, sanguinaire. Elle est aussi complètement inconsciente de ses actes et de leurs conséquences car on ne plaisante pas avec Henri qui fait vivre tout son entourage dans la terreur. Bien sûr l’adultère est découvert , la complicité de Jane établie…
La suite on s’en doute sera comme toute cette histoire : trahison, torture, violence. Le roi mourra cinq ans après non sans avoir presque réussi à faire décapiter Catherine Parr, sa 6ème épouse.

C’est là un grand livre d’histoire, rempli de fureur, de violence qui nous montre le mode de vie de cette époque, les comportements, les intrigues – pour ce dernier point d’ailleurs, est-ce que cela a beaucoup changé ? L’écriture est vive, le style alerte et le fait de présenter le même évènement raconté par les trois femmes, Jane, Anne, Catherine, en courts chapitres rend la lecture agréable et attractive ; on a envie d’aller au chapitre suivant. Enfin l’auteur utilise un vocabulaire recherché, précis avec un passé simple et un imparfait du subjonctif omniprésents.
Un très beau livre.

Christine Heberard

   
 

Philippa Gregory, L’héritage Boleyn, L’Archipel, avril 2010, 450 p. – 23,00 €

 
     
 

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