Valérie Belin, Les images intranquilles (exposition)

Valérie Belin, Les images intranquilles (exposition)

Débordements

Valérie Belin est désormais une artiste plus que confirmée. Elle fait partie selon V. Forrester de celles et ceux qui « brisent les plafonds de verre ». Citons pour rappel son « Exposition rétrospective » qui a parcouru l’Europe ou encore « Les Mannequins ». Mais pour mieux entrer dans l’œuvre il faut rappeler la fameuse exécution en règle de l’oeuvre de V. Belin par de Jouannais : « l’oeuvre de Valérie Belin malgré l’indiscutable importance de son travail ne semble pas moins pornographique que n’importe quel parc d’attraction ».
C’est oublier combien pour l’artiste l’art est avant tout non objet en soi mais une expérience qui débouche sur une histoire perceptuelle plus que conceptuelle, d’une forme de spiritualité d’un genre très particulier. On peut ou on ne peut pas être d’accord sur la postulation de l’oeuvre : mais cela n’enlève en rien sa force. Elle permet de faire réfléchir sur la fonctionnalité de l’art et des images.

Constituée d’une trentaine d’œuvres, l’exposition est organisée autour de la toute dernière série de Valérie Belin, «Super Models». Elle renoue avec la thématique du mannequin qui est au cœur du travail de l’artiste. Devant ses images, il est souvent difficile de dire si ce que l’on regarde est doué de vie ou inanimé. Personne ne peut affirmer l’existence ou la virtualité de tels mannequins qui peuvent faire penser parfois à des natures mortes. Celle qui dit  « photographier des visages comme des masques »  immortalise ses modèles de cire avec l’envie de conserver un certain réalisme. Pour cela, elle intègre des artifices et des décors afin de renforcer le côté humain des mannequins. D’où l’introduction du concept d’« inquiétante étrangeté » déjà présent dans la  littérature romantique allemande du XIXème et cher à Freud.

Pour Valérie Belin, l’art n’est pas de l’ordre de la foi, du religieux. En rien déiste, la créatreice ne cherche pas de réconfort dans l’image pas plus qu’elle ne veut le susciter chez le regardeur. Son expérience de la photographie se situe donc en dehors de toute croyance. Il s’agit de sortir l’art de toute morale ou toute vérité. Il est pour elle un « moyen terme » éloigné de l’absolu qu’elle nomme un « oratoire à dévots ». Athée artistiquement, elle garde sans doute un besoin d’infini mais l’art n’en est pas la cause et c’est pourquoi il ne faut pas « l’essentialiser ».
A ce titre, pour elle, un musée n’est en rien un couvent mais un laboratoire même si son art appartient au monde dont il convient de dépouiller les apparences afin de mieux faire rentrer l’art dans le monde (et vice-versa) ? Ici, par efforts d’indifférenciation de mannequins qui provoquent une irrésistible attirance.

jean-paul gavard-perret

Valérie Belin, Les images intranquilles, Centre Pompidou, 24 juin-14 septembre 2015.

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