Valère Novarina, Le vivier des mots

Valère Novarina, Le vivier des mots

Le Purgatorius verbal de Valère Novarina

Le théâtre est conçu par Valère Novarina comme une machine de guerre destinée à mettre la pensée en déroute. Si l’on entend bien sûr la pensée comme simple prise en charge de la réalité telle qu’elle est. Face à elle, Novarina a opté pour l’existence ou une certaine existence : celle de l’empire du double (non superposable au réel) que sont les mots ou les noms qui deviennent chez Novarina (comme ils le furent chez Aristophane) des « nuées » mises en scène.
Leur fonction semble dans un premier temps de voiler aux êtres l’omniprésence du réel. Mais en fait ils élaborent une nouvelle pensée qui navigue entre métaphysique, souffle, théologie, ontologie. Tous ces termes prennent grâce à Novarina la forme d’une nouvelle « logique » ou une nouvelle folie. Elle apprend à distinguer le formel et informel, l’essentiel et l’accidentel mais en renversant les données immédiates que ces termes prennent dans notre habituelle conscience.

Novarina éradique la basse logique en contaminant les mots dans leur matière même afin qu’ils échappent à la pure analogie. Il en résulte l’apparition d’un monde qui tient à partir de son terreau de vocables. Le monde concret, sensible, est perçu par le jeu d’ombres de mots. Ils échappent au pur logos et à la simple intelligibilité de base dans la plus sublime des farces. Ce langage devient la forme significative et fricative d’un nouvel homo sapiens. Il se transforme en singe humain savant mais d’un savoir en trop : si bien que les spectateurs ou les lecteurs peuvent prendre le sujet parlant comme un idiot. Un idiot du même registre que les personnages de Beckett.
Mais à la « Bouche » aphasique de ce dernier dans Pas moi répondent les voix de Novarina. Dans tous ses « drames de la vie », elles remplacent le presque silence par le « délire » verbal. Alors que chez Beckett la langue se rétracte, chez Novarina elle se multiplie à l’infini. Quoique opposées, ces deux langues se rejoignent pour la plus roborative « Opérette » que la littérature et le théâtre contemporain puissent donner au sein d’un comique verbal et ontologique. Il fait l’originalité des deux créateurs.

jean-paul gavard-perret

Valère Novarina, Le vivier des mots, P.O.L, Paris, 2015, 320 p. – 15, 00 €.
Pièce jouée au du 5 au 12 juillet au Festival d’Avignon

 

Laisser un commentaire