Amina Damerdji, Tambour-Machine
Amina Damerdji (née en Californie et qui a vécu à Alger puis à Paris) propose une poésie où le lyrisme prend un sens particulier. L’auteure apprend à se battre avec les images-mères et leur inconscient. Elle propose des bonds en dehors et en dedans pour avancer selon des scansions aussi simples que superbes : « Nous sommes pleins. Nous sommes plats. Nous nous répétons. Nous pensons êtres neufs (…) alors que nous sommes vieux. Alors que nous est la somme de vieilles langues qui reculent ».
A la manière d’un Beckett qui aurait repris – à défaut l’espoir – un souffle, la poétesse performeuse (reconnue entre autres par Charles Pennequin et Julien Blaine) tente de soulever nos crasses, nos saletés, de secouer notre médiocrité dans sa « machine à laver ». Loin de tout psychologisme réducteur, son texte revient à l’essentiel, au générique, là où le corps fait la poésie et où cerveau et sensibilité transforment sa tiédeur en surchauffe.
Nous saisissant par surprise, Amina Damerdji fait éprouver la sensation d’être pendu dans le vide, de regarder hors de soi même dans l’espoir de « rapports » à l’autre qui tendent à devenir exsangues en dépit des formules toute faites : « on ne parle plus que de rapport. De quand date votre dernier rapport sexuel ? Laissez votre rapport sur le bureau. Le rapport qualité-prix est excellent ». Bref, la poésie détache de l’appris et du prêt à penser par ses coups de « tambour » ou de marteau. La créatrice tente de ramasser les insectes de l’esprit qui volent encore dans le reste de qui nous sommes : à savoir des animaux-machines malades.
La poésie se fait « novarinienne » : elle transperce, secoue, ramasse, pénètre, glisse. Devant tout ce travail de « cruauté », le lecteur est tenté de parler sinon de bonheur du moins de sagesse puisque Amina Damerdji veut sauver la vie. Pas n’importe comment. Son texte invente de nouvelles pistes langagières, mélange le je, le nous, le on pour mélanger les corps, les rappeler à eux-mêmes. Tout ne s’emboîte pas « en corps » mais c’est bien là l’intérêt d’un livre qui a mal à ses formes à dessein : il fait jaillir pus et humeurs mauvaises, ramasse les foulards qui « tapissent la langue ». C’est eux et ceux qui les portent qu’il faut passer à l’essorage. Le tout en une vitesse folle : celle qui anime le texte où la voix n’est pas une voix parmi les autres mais une voix qui dépote.
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jean-paul gavard-perret
Amina Damerdji, Tambour-Machine, Editions Plaine Page, coll. Les Oublies, Barjols, 2015, 16 p. – 5,00 €.

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