Valentin Retz, La longue vie
Au cœur du temps
Ce livre est né dans la psyché de Retz « d’un trouble très concret ». Il y a une raison valable : « Dans certaines de mes expériences — écrire, aimer, accompagner les morts —, j’ai eu le sentiment que le temps cessait d’obéir au régime d’urgence qui pressure nos existences. », précise l’auteur. Pour lui, le temps ne se vit pas (ou plus) comme une simple succession passé-présent-futur, mais comme un tout indivisible.
Tout est parti du côté de la physique relativiste où il a découvert que ce que les scientifiques appellent l’univers-bloc est un lieu où chaque moment coexiste avec l’ensemble des autres. Ce, en conformité avec des traditions anciennes.
Dès lors, dans son « voyage », un scientifique veut lutter contre la mort en rembobinant l’horloge biologique. Un autre attend le Royaume de Dieu et sera confronté à la nouvelle de la Résurrection du Christ, victoire de la vie sur la mort. En sandwich demeure entre ces deux l’écrivain – « personnage autofictionnel », dit Retz -, qui écrit le livre que le lecteur est en train de lire. Il y cherche un point d’immortalité et pour une raison simple : les écrivains résistent à la mort.
Ces trois personnages s’intègrent dans une structure enchâssée : l’un est un personnage rêve du second là où les frontières entre fiction et réalité s’effacent. Enfin, l’acte d’écrire déplace l’écrivain hors de lui-même, coincé en d’autres espaces-temps. Même s’il se voit personnage d’une histoire plus vaste, si bien que les temporalités se recouvrent en une simultanéité vivante, où les vies s’entrecroisent.
Néanmoins, l’auteur ne cherche pas à inventer une théorie du temps. Son roman devient une expérience sensible. En conséquence et pour l’auteur, le romanesque plus ou moins romancé permet de faire partager et éprouver la simultanéité d’instants pensés comme séparés.
jean-paul gavard-perret
Valentin Retz, La longue vie, Gallimard, Collection Aventures, 2026, 208 p. – 20,00 €.