Thierry Robin, Jésus aux enfers
Une éblouissante adaptation !
Dans Le Symbole des apôtres ou Credo, les chrétiens de l’Église romaine récitent que Jésus-Christ : « … est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts…«
Aujourd’hui, dans les textes officiels rien ne raconte ce qu’il fit pendant cette descente, pendant ce temps. Or, de nombreux écrits ont vu le jour dans les premiers siècles de notre ère, des récits et plusieurs Évangiles. Un texte rédigé vers 140 et l’Évangile de Nicodème relatent son séjour et ce qu’il y fit. Il faut faire, alors, la distinction entre l’enfer et les enfers. Dans l’Ancien Testament, les enfers sont le séjour des morts et portent le nom de Shéol en hébreu ou de Hadès en grec. Ces enfers renferment aussi l’enfer, du latin infernus – ce qui est dessous. Ce dernier lieu est central dans le Nouveau Testament appelé aussi Tartare ou Géhenne.
C’est en 363 que l’Église officielle naissante a fait le choix de ne retenir que les quatre Évangiles, des épitres et l’Apocalypse pour constituer le Nouveau Testament. Tout le reste est apocryphe, c’est-à-dire caché, du grec apókryphos.
Thierry Robin a longtemps eu le projet de raconter l’aventure de l’écriture des Évangiles. En effet comment se fondent les premières communautés après la mort de Jésus, comment sont rédigés les premiers écrits… Or, un tel récit, se déroulant sur plusieurs siècles, représente un travail colossal. Au cours de ses très nombreuses lectures, il a découvert l’Évangile de Nicodème, un récit peu commun par un contenu qui propose une version augmentée du procès face à Ponce Pilate, puis la narration de la descente aux enfers.
Thierry Robin s’empare de ce texte imaginatif, plein d’éléments appartenant au domaine du fantastique et en parfaite cohérence avec les textes canoniques, ceux retenus en 323. De nombreux éléments contenus dans ces derniers annoncent cet événement et le confirment. L’auteur cite, d’ailleurs, ces versets dans des cartouches ou intégrés dans les dialogues.
Il en fait une adaptation qui soit accessible, un récit vivant, d’une lecture aisée, et met en images de façon superbe un Christ dont il fait un portrait riche et inédit, pétri d’humanité. Celui-ci est confronté à des situations et à des lieux jamais rencontrés auparavant, à des personnages bibliques de l’Ancien testament. Il rencontre Satan et l’affronte d’une manière différente de celle vécue lors de sa retraite de quarante jours dans le désert, mais sur les terres de l’ange déchu.
Sa mise en page, ses mises en scènes sont inventives. Son portrait du Christ se rapproche d’une représentation assez classique, loin du blond aux yeux bleus engendré par Hollywood. Les couleurs restent discrètes sauf pour les dernières planches illustrant le royaume de Satan.
C’est un album inaccoutumé pour son exploitation d’un des interstices de l’abondante littérature biblique. Thierry Robin a mené un travail d’adaptation remarquable et réalise un graphisme splendide. Il n’est pas nécessaire d’être croyant pour découvrir, avec un bel intérêt, un volet « caché » de l’Église romaine.
serge perraud
Thierry Robin (scénario, dessin et couleurs), Jésus aux enfers, Éditions Soleil, label Quadrants, avril 2025, 120 p. – 23,75 €.