SUNN O))), sunn O)))
Drone oblique
Sunn O))) est un groupe américain de drone metal proche de l’ambient dark et du black metal. Il est constitué principalement du duo Stephen O’Malley ( rencontré naguère dans « Khabnate » et « Burning Witich ») et Greg Anderson qui ont emprunté leur nom au logo d’une marque d’amplis.
Depuis près de 30 ans, Sunn O))) repousse les limites de la musique heavy, à cheval entre l’avant-garde et le rock, pour forger un style immédiatement reconnaissable comme le leur. Aujourd’hui, Sunn O))) revient avec leur premier album depuis 2019.
Ce nouvel album éponyme, leur dixième, marque leurs débuts sur le label Sub Pop, et démontre la maîtrise du duo en matière de temps et d’espace, de lumière et d’obscurité, ainsi que sa volonté de faire évoluer son unique vers de nouvelles formes audacieuses. Cet album éponyme a été enregistré aux Bear Creek Studios, à Woodinville, dans l’État de Washington.
Cet album représente l’opus le plus abouti des Sunn O))). O’Malley cultive le look métal mais, sur scène, il porte comme ses comparses des robes de moine afin (c’est au moins sa justification) d’édulcorer tout ego et pour que le public ne porte son attention que sur le son craché comme une nappe sonore lourde.
L’expérience est saisissante en une sorte de poétique. Dans le genre, Sun O))) est très éloigné des compositions farcesques à la Metallica et au trip metal commercial qui va chercher dans l’orchestration symphonique de quoi se refaire, faute de réelle inspiration, une santé. Ici, l’effet est saisissant. Ce qui pourrait ressembler à un magma se découpe en diverses strates parfois stridentes. Certes, le son lourd et lent demeure par l’utilisation expérimentale de droning guitares. Elles donnent à l’ensemble et en dépit de la masse sonore (ou à cause d’elle) un caractère introspectif. Mais l’adjonction de divers « ingrédients » inattendus allège la sauce goudronneuse. Ce drone metal dark ambient est impressionnant.
Ouvert à de nouvelles sonorités, le drone metal est chez Sunn O))) plus complexe est ramifié qu’ailleurs. Il s’appuie sur des accords amplifiés par feedback et donne un aspect hallucinatoire à une musique qui envoûte et submerge de son « chaosmos ». Sans pose, sans strass, le groupe développe un ensemble aussi bruyant que minimaliste là où la musique d’essence lyrique prend par revers la manière d’envisager le son. Elle établit une singularité très nord-américaine et établit une passerelle entre deux cultures : la populaire et une qui se veux moins séculaire et plus élitiste.
jean-paul gavard-perret
SUNN O))), sunn O)), Sub Pop / Modulor, 2026.