Sue Hincenbergs, Comment tuer son mari
Une comédie noire sur les relations de couple
Pam – Pamela -, la soixantaine, se demande lequel va mourir en premier. Elle est mariée à Hank et partage sa soirée avec Shalisa et André, Marlène et Dave, Nancy et Larry. Ils sont amis depuis trente ans. Elle observe les attitudes des unes et des autres. Elle regarde son mari, cherche à retrouver l’homme qu’elle a épousé, mais celui-ci a disparu depuis longtemps. Ses amies sont dans le même état d’esprit. Deux jours plus tard, Pam a sa réponse.
Alors qu’elle s’ennuie à faire des photocopies, elle reçoit un message de son mari lui demandant d’empêcher Marlène et ses enfants de rentrer chez eux. Il a découvert le cadavre mutilé de Dave, la tête écrasée par la porte de son garage. Pam repense que sa vie se partage entre deux périodes. Elle avait une vie très aisée avant que Hank ne perde toutes leurs économies et celles de leurs amis dans un placement catastrophique. Maintenant, elle doit tout compter et a dû même reprendre un travail fastidieux, comme ses trois amies.
Après le choc, l’enterrement, Marlène retrouve ses amies et leur assure qu’elle peut enfin être elle-même. Elle attend quelques instants avant d’en livrer les raisons. Un assureur lui a rendu visite pour lui annoncer que son époux avait souscrit une assurance-vie et qu’elle va percevoir un million de dollars. Elle a pu voir, dans la sacoche, que les maris de ses amies avaient souscrit le même contrat. S’ils meurent, elles sont riches et… libres. Si l’idée choque au départ, peu à peu…
Or, Hank est persuadé que Dave a été assassiné car, avec ses amis, il monte une opération qui doit rapporter dix millions de dollars…
Avec son premier roman, Sue Hincenbergs aborde de front l’usure du couple, la lassitude des sentiments, le désamour. Elle explore la vie de couple à la soixantaine, quand les quatre amies font le bilan de leur situation à la fois sentimentale et économique. En effet, elle corse ce ressenti avec une situation financière bien dégradée qui renforce l’animosité entre femmes et maris.
Ce livre propose une comédie-thriller ou un thriller-comédie d’une belle noirceur, mais d’un humour jubilatoire.
Pour faire vivre son récit, la romancière installe une galerie d’héroïnes particulièrement étudiées. Elle place des êtres ordinaires dans des situations peu banales, les rendant tour à tour attachants ou indignes.
C’est avec Marlène que s’installe l’intrigue quand celle-ci instille dans l’esprit de ses amies l’idée qu’elles puissent vivre enfin la vie qu’elles souhaitent et qu’elles méritent. Fortune faite avec le pactole de l’assurance-vie et quelques apports subsidiaires, elle part s’installer dans de belles conditions et par son exemple pousse ses amies à faire se défaire des liens du mariage. Pamela subit la déchéance financière du couple et aspire à retrouver son train de vie. Shalisa, bien qu’apparemment solide, est épuisée par un quotidien déprimant. Nancy hésite entre un retour vers la liberté et une criminalité qu’elle a du mal à envisager. Mais toutes mesurent le vide sentimental, l’absence d’amour, de pratiquer celui-ci.
Les maris se savent responsables de la situation et cherchent, sous l’impulsion de deux d’entre eux qui travaillent au Casino, à retrouver leur aisance financière avec un coup qui n’est pas, avec la mort de Dave, sans risques.
Les dialogues sont vifs, percutants et amènent à sourire, voire à rire. L’auteure se livre à une analyse fine sur le poids de la routine, l’absence d’échanges avec un beau réalisme psychologique. Le rythme du récit est soutenu. Les rebondissements nombreux, et bien orchestrés, apportent à ce roman une narration très efficace, et un plaisir soutenu à sa lecture.
serge perraud
Sue Hincenbergs, Comment tuer son mari (The Retirement Plan), traduit de l’anglais (Canada) par Françoise-Anne Laporte, le cherche-midi, mai 2026, 464 p. – 22,90 €.