Scenes from a marriage (Ingmar Bergman / Markus Öhrn)
© Simon Gosselin
Frictions conjugales hyperboliques
Markus Öhrn vient expliquer sa démarche, de façon modeste, sympathique et ironique. Puis, dans un décor d’intérieur à l’allure artificielle, apparaissent deux personnages : l’un, enfoui dans un canapé éclairé, l’autre, dressé(e) dans l’ombre. Une interview montre la répartition des rôles, la standardisation des réponses conduit à une déflection cognitive, l’abîme d’un désaccord. Dans les affaires de couple, le tout se loge dans un rien. Bientôt, on assiste à un emportement, attesté par des sautillements de l’image. Un abîme s’ouvre devant la fragilité des issues empruntées face aux écueils d’expressions définitivement incisives. Une sortie au théâtre est l’occasion d’évoquer la Nora de l’Ibsen d’Une maison de poupée. On assiste à une dissection des relations affectives, propres à saturer l’existence de leur inexorable cruauté. A l’occasion de l’éventualité d’un nouvel enfantement, les deux parents s’opposent dans les termes mêmes par lesquels chacun aborde la question.
La représentation des relations de couple se fait psychédélique. Le temps semble transi ; au cours du spectacle, à plusieurs reprises le bruit et la lumière vive de clichés viennent figer les protagonistes dans leur rôle. Le metteur en scène utilise des masques et sollicite des attitudes figées, pour montrer des comédiens ressemblant à des Playmobil. Il en est comme si la retenue et la mécanisation des attitudes exacerbait la violence. Dès lors, Markus Öhrn choisit de montrer ce qui se passe à l’intérieur ; ce tissu fertile, plein de sang, surgit sur scène. Il s’agira bientôt de sortir ses tripes.
On est lancé dans une longue déclinaison de coups et d’agressions, multipliant les tableaux gore, substitués aux retrouvailles tendues et fusionnelles des deux partenaires en instance de divorce, tels qu’ils sont montrés dans le (télé)film. Certes, il faut que cela dure, insoutenablement, telle est l’essence de la violence. Mais le spectacle cohérent et novateur s’abîme à terme dans la reprise redondante de tous les codes du genre.
christophe giolito
Scenes from a marriage
d’après Ingmar Bergman
adaptation, mise en scène, scénographie
Markus Öhrn
Avec Hélène Morelli, Mathieu Perotto
Du 20 mai au 7 juin 2026,
Costumes, masques, perruques Elin Maria Johansson ; création son, composition Hans Appelqvist ; création lumière Anton Andersson ; assistant à la mise en scène Simon-Elie Galibert ; traduction française Marianne Ségol.
Au théâtre de l’Odéon Place de l’Odéon, 75006 Paris, du 20 mai au 7 juin 2026, du mardi au samedi à 20h, dimanche 15h, durée 2h20 (avec un entracte). À partir de 16 ans. Ce spectacle comporte des scènes et des propos pouvant heurter la sensibilité du public. https://www.theatre-odeon.eu/fr/scenes-from-a-marriage-25-26
Production Odéon Théâtre de l’Europe.
Le Théâtre de l’Odéon remercie Christophe Perton et la compagnie Scènes et Cités.
Les œuvres théâtrales d’Ingmar Bergman sont représentées dans les pays de langue française par l’agence DRAMA – www.dramaparis.com en accord avec la Fondation Bergman www.ingmarbergman.se et l’Agence Josef Weinberger Limited à Londres.