Jérôme Leroy, Violette Nozière, icône et criminelle

Jérôme Leroy, Violette Nozière, icône et criminelle

Le mardi 22 août 1933, alors que sévit une canicule, la jeune Violette annonce qu’elle sort pour la journée. Quand elle rentre, bien après minuit, elle alerte un voisin qui mobilise la concierge. L’appartement sent le gaz. Les pompiers, la police représentée par le commissaire Gueudet, arrivent. Dans les lieux, ils trouvent un homme mort, ensanglanté, et une femme qui respire encore.
Le lendemain le commissaire interroge la mère de Violette qui est encore confuse mais qui raconte qu’elle, son époux et sa fille ont pris de la poudre préconisée par le médecin. Le policier retrouve les sachets et un détail l’intrigue. Les analyses révèlent un poison dans deux sachets, ceux pris par les parents. Violette est accusée. Et la presse se déchaîne. Le fait-divers est trop beau.
Peu à peu, le portrait de Violette, âgée de dix-huit ans, émerge. Elle a commencé, dès seize ans, à sortir seule, en cachette. Elle paraît plus que son âge et elle est toujours vêtue avec élégance en volant de l’argent à ses parents, avec ce que lui donnent ses amants.

Violette étouffe dans le petit appartement de trente mètres carrés. Elle est mineure et elle est une fille. C’est la double peine dans la société patriarcale de l’époque. Jérôme Leroy s’attache à brosser un portrait le plus exact possible de cette jeune femme. Il éclaire le contexte et pose cette période en miroir de la nôtre. Il met en lumière les divisions de l’époque, reflétées par les journaux. Il dissèque une société patriarcale complètement corsetée. Il analyse le goût de Violette pour la transgression. Il détaille ses mensonges, ses vols, ses amants et compose un portrait, non pas d’adolescente, mais de femme en rupture avec l’ordre bourgeois.
Il analyse avec brio l’ambiguïté du personnage. Violette n’est jamais totalement coupable, jamais totalement innocente. Au procès, elle accuse son père d’inceste, une révélation balayée par une justice patriarcale. La parole des femmes n’a guère de poids.
La presse se déchaîne et selon la couleur politique du média, c’est une empoisonneuse, une dépravée, un monstre ou elle devient une icône, la figure qui dénonce l’atmosphère de ces années 1930. Les surréalistes en font une figure de liberté. Ils la surnomment l’Ange noir. Elle devient une figure mythique.
Jérôme Leroy excelle à montrer la violence intime, la violence familiale, réelle ou fantasmée, l’absence de la parole féminine. Il déconstruit cette presse qui transforme une jeune femme en symbole national de déchéance morale. Il montre le procès où s’affrontent normes, peurs et fantasmes collectifs.

Abondamment illustré de coupures de presse de l’époque, le roman est assorti de commentaires, de réflexions cocasses de l’auteur comme, par exemple, quand il se félicite de constater à la lecture des articles que : « …les concierges parisiennes des années trente parlaient au passé simple et pratiquaient l’inversion du sujet. » Condamnée à mort, Violette sera graciée et le romancier détaille ce qu’elle devient jusqu’à son décès en 1966.

Jérôme Leroy offre un document d’une grande exactitude, explicitant, avec réussite, les doutes et toutes les interrogations sur cette femme qui bouleversa, à sa manière, une époque.

Jérôme Leroy, Violette Nozière, icône et criminelle, L’aube Noire, coll. Aube Noire, série L’affaire qui … dirigée par Michèle Pedinielli, juin 2026, 152 p. – 11,90 €.

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