Sandrone Dazieri, Tu tueras Les riches
Une enquête étourdissante
Après Tu tueras le père, Tu tueras l’ange et Tu tueras le roi, (La Bête Noire 2015, 2017, 2019), Sandrone Dazieri signe le retour de son couple de héros particulièrement atypiques.
Jesús Martinez, un ancien footballeur du Paris-Saint-Germain reconverti dans les appareils fitness et les compléments alimentaires, est entré dans le classement Forbes. Quand il atterrit à Milan, il lui reste douze heures à vivre. Au vingt-cinquième étage d’un gratte-ciel, il meurt dans le Cryo sauna installé dans son appartement.
Colomba Caselli, ex-commissaire-adjointe se rend à Milan sur une invitation de Donatella Sermonti, directrice-adjointe de la Direction de l’Information pour la Sécurité. Elle veut qu’elle enquête pour comprendre rapidement si la mort de Martinez est accidentelle ou s’il a été tué. Pour convaincre Colomba, elle lui a obtenu sa carte de détective privée.
Aidée par Dante Torre son complice, elle traque le moindre indice. La position du corps laisse supposer que quelqu’un a bloqué la porte et a assisté à l’agonie. Les deux gardes du corps, présents sur les lieux, n’ont vu personne. Comment, dans cet immeuble hypersécurisé, un individu peut-il s’introduire et disparaître ? Sur la terrasse d’un appartement supérieur, des traces ténues signent une présence cachée.
Colomba et Dante partent en Suisse interroger le propriétaire. Lorsqu’ils arrivent, celui-ci est décédé.
L’arrivée de Glenn, le frère cadet de Jesús, apporte un éclairage nouveau. Mais la liste des décès de personnes fortunées s’allonge…
Le romancier installe une grande partie de son intrigue dans un des deux gratte-ciels végétalisés de Milan, des immeubles où le respect de la vie privée est tellement strict qu’il est impossible de savoir qui y vit réellement. Si les classes populaires y gravitent, c’est uniquement pour l’entretien. Cette sécurité maximale offre des possibilités d’intrigues sophistiquées et le romancier ne s’en prive pas.
Il propose une succession de recherches d’indices corroborant des hypothèses, des détails peu communs qui mettent les enquêteurs en tension. Entre Colomba qui cherche à donner un nouveau sens à sa vie malgré les diverses péripéties déjà vécues et Dante qui se relève difficilement de traumatismes subis dans un précédent épisode, le romancier installe une atmosphère trouble en fonction de leurs relations passées.
Qui peut, ainsi, en vouloir aux riches ? Qu’est-ce qui relie ces crimes et qui possède les moyens d’assurer de tels assassinats en les faisant passer pour des accidents ?
C’est avec de nombreux dialogues, des réparties toniques, que se déroule l’histoire. Et Sandrone Dazieri truffe son récit de nombreuses informations annexes, de révélations sur des personnages publics comme Nicolas Cage, Stephen King… Il puise quelques éléments dans l’œuvre de John Brunner, en particulier dans un de ses romans de science-fiction Le Troupeau aveugle. Ne fait-il pas un clin d’œil malicieux à l’un des plus fameux auteurs, sous pseudonyme, de romans policiers où l’humour avait la première place ?
Il décrit avec précision le cadre des diverses actions, que celles-ci se déroulent à Paris ou à Milan, écrivant que cette ville a cessé de faire partie de l’Italie pour être un État à part entière.
Ce quatrième volet des enquêtes de Colomba et Dante est un roman foisonnant qui propose une intrigue aux multiples rebondissements portée par des dialogues pétillants, distillant un humour subtil.
serge perraud
Sandrone Dazieri, Tu tueras Les riches (Uccidi i ricchi), traduit de l’italien par Delphine Gachet, Robert Laffont, Label La Bête Noire, mai 2026, 448 p. – 22,50 €.