Qu’est-ce que le temps ? (Saint–Augustin / Denis Guénoun)
L’intime étrangeté de notre temporalité
© Sébastien Toubon
Un Lied de Schubert introduit une scène de posture méditative. Cela commence par une prière, une adresse intime à la personne de Dieu, typique de Saint-Augustin. C’est le préambule, le pacte auto-théologique qui fonde Les confessions. Il y a une manière d’humanisation de la révélation. Est restitué l’argument de la causalité : il ne prend pas la forme, comme chez Aristote, de la récusation de la régression à l’infini, mais plutôt, comme chez Plotin, de la mise en évidence de l’impossibilité de penser la création, sinon par elle-même. Saisir sa différence avec la production devrait permettre de concevoir l’absolu, la parole souveraine, l’éternité.
Le texte est comme un offertoire : chaque phrase un hommage au divin, en même temps qu’une adresse, presqu’une injonction pour l’esprit. La démarche est phénoménologique autant que métaphysique : elle exhibe le caractère insaisissable du temps, présent de façon fugace, mais permanente, en un sens absolu, mais relatif à nous. Le discours du théologien est rendu à la vivacité, montré, incarné, devenu accessible par la familiarité de son exposition, en dépit d’une technicité qui le rend peu propice à la représentation. Il cherche en effet l’être, la mesure du temps, qui ne cesse de nous échapper ; aussi nous apparaît-il(-elle) sous forme de paradoxes.
Un spectacle alerte, original, dynamique, fidèle à l’esprit d’investigation insatiable d’Augustin. Il en résulte une recherche sans cesse renouvelée, dont les résultats comptent moins que l’inquiétude qu’elle fait partager. Cette sensibilisation résonne comme un appel à se situer dans l’épaisseur de notre existence, dont toutes les dimensions semblent mêlées, au point de paraître indistinctes. Stanislas Rouquette déploie une large palette de techniques de jeu, réalisant une performance édifiante, vivace, profonde et légère, comme une mise à l’affût ou aux aguets de notre intime perspicacité.
christophe giolito
Qu’est-ce que le temps ?
Mise en scène Denis Guénoun
Le Livre XI des Confessions d’Augustin d’Hippone.
Le texte est interprété dans la traduction de l’écrivain Frédéric Boyer, publié sous le titre Les Aveux aux éditions P.O.L., 2008. Musique Franz Schubert, An der Mond (D193, texte L. Hölty).
Lumière Geneviève Soubirou.
Avec le concours d’Osvaldo Calo, de Caroline Montier, d’Alexis Leprince, de Tamia Valmont et de Stanislas Siworek.
Au Théâtre de Poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris
Billetterie : 01 45 44 50 21, du lundi au samedi de 14h à 17h30, le dimanche de 13h à 17h30. https://www.theatredepoche-montparnasse.com/spectacle/quest-ce-que-le-temps/
Durée 1h10. Du 2 septembre au 30 décembre, du mardi au samedi à 21h ;
Relâches exceptionnels du 16 au 20 septembre, le 4 et le 8 novembre.
Coréalisation Compagnie Artépo et Théâtre de Poche-Montparnasse
Spectacle créé à Brangues en 2010.