Prés cieux

Prés cieux

Les paumes jointes prient la lumière où se noient deux âmes et les averses de leurs corps boivent l’éclat de leurs victoires. Dès un souffle, un frisson d’invisible, la femme s’agite. Ses griffes labourent les veines de l’homme, ses crocs sont pleins d’étoiles. Elle guette les fissures de l’instant, prête à bondir dès que le souffle vacille.

L’homme frisson s’attarde au bord des vitres entrouvertes de sa chambre. Il hésite, s’infiltre, dépose une caresse sur deux épaules rondes. Rien n’est certain encore : ni la saison, ni l’heure exacte. Mais la lumière où poser son ombre. Dehors la terre se froisse et s’ouvre au printemps. Des fleurs éclatent, s’offrent, et dans l’herbe haute où le vent s’allonge.

Les amants se laissent glisser, se prennent, s’avalent. L’un est sel, l’autre limon. Une ombre file dans la gueule de leur courant car demeure une faille au bord des lèvres, un battement d’espace. Mais les deux pelages deviennent une nuit liquide et leurs yeux des brasiers d’opale. La femme dit : « Viens » et d’autres mots arrivent comme des chevaux sans rênes. Ils hésitent, trébuchent, se fracassent contre l’indicible et cherchent à creuser une empreinte qui refuse de partir. Se saisit la flamme au creux des mains, mais elle s’échappe, se dissout en spirale dans un ciel sans échelle.

Le vertige et la brûlure refusent de laisser des cendres dans l’ourlet des cils et sur le grain des corps qui refusent l’éternité. L’amour est une fièvre qu’aucun châssis ne saurait tenir. Le désir est un cri. Il brûle sans retomber dans la gravité du monde. Un choc. L’air. Les draps sont froissés. Les amants s’abandonnent dans leur flaque qui bouillonne. Ils sont sous la fenêtre ouverte à la nuit. Elle les accompagne mais éclatée. Lumière que lumière.

photo Florence Deba

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