Pierre Péju, Echappées
Citadelle
Pierre Péju résume parfaitement le début de son roman : En ce matin d’octobre 1942, Lyon est plongé dans le brouillard et la peur. Au Déménagement moderne, une entreprise qui cache les biens de Juifs en fuite, les hommes interrompent soudain le déchargement discret d’un camion : « Venez vite, patron, il y a quelqu’un là-dedans ! Enfermé dans une malle. C’est la malle en osier, là. – Quelqu’un de vivant ? – Oui, vivant ! Mais surtout, c’est une môme ! »
Le patron, chef d’un réseau de résistance et sa secrétaire (Aimée la bien nommée), agente de liaison, devinent le drame qu’a dû vivre cette enfant juive, Stella Wirst, recroquevillée sous une couverture, aux yeux terrifiés braqués sur eux.
Aimée, avec l’aide d’un ancien combattant de la guerre d’Espagne, organise l’échappée de cette petite fille de huit ans. Elle noue avec Stella une relation intense, quasi maternelle, à travers laquelle lui sera progressivement révélé son désir d’enfant.
Ce roman est en partie inspiré par sa famille résistante d’autant, qu’enfant, Péju était fasciné par les récits énigmatiques de son grand-père Élie, compagnon de la Libération. Se mêlent – comme souvent chez l’auteur – la fiction et l’Histoire – ici, ses zones d’ombre de l’Occupation. Elles sont d’ailleurs à la source du son désir d’écrire et de devenir romancier.
Il a dressé bien des maquettes de ses livres – plus particulièrement celui-ci – dans son œuvre souterraine où le silence est enfin accessible. Dans cet ouvrage aussi noir que lumineux, cette narration propose des mutations et des alignements aussi rectilignes que souples dans la spatialisation que Péju a toujours su inventer.
jean-paul gavard-perret
Pierre Péju, Echappées, Gallimard, coll. Blanche, 2025, 288 p. – 21,00 €.