Paul Verlaine, Œuvres complètes
« Pauvre Lélian » en majesté
Les éditions Gallimard publient une nouvelle et substantielle édition des Œuvres complètes de Paul Verlaine dans la prestigieuse collection de La Pléiade, en deux tomes, sous la direction d’Olivier Bivort. C’était une parution très attendue puisque la dernière de la Pléiade datait de 1938 pour une part — Œuvres poétiques complètes, avec des révisions ponctuelles depuis — et de 1972 pour l’autre (Œuvres en prose complètes). Le principe retenu est celui de la publication chronologique, proposant ainsi une restructuration complète du corpus verlainien, qui donne aussi à lire son évolution et la complétude de son œuvre, au-delà des éditions des seuls recueils poétiques, les plus connus bien sûr, mais qui ne reflètent pas à eux seuls la pleine mesure de son œuvre.
Le premier tome restitue les œuvres du poète de ses débuts (1858) à 1890, en plusieurs sections correspondant à autant de bornes biographiques ou de genres littéraires, et qui relèvent ici de l’arbitraire de l’éditeur scientifique : c’est un parti pris éditorial. À l’intérieur de chaque section, le lecteur trouvera d’abord les recueils et volumes préparés par l’auteur, dans l’ordre chronologique, sans distinction de genre ; ensuite il pourra lire, toujours sans distinction, les vers et poèmes épars (publiés eux seulement en périodiques, mais non repris en recueils) ou restés à l’état manuscrit, la critique et enfin les proses éparses.
Le tome présente le Verlaine sans doute le plus connu : Poèmes saturniens, Les Amies, Fêtes galantes, La Bonne Chanson (1858-1870), Romances sans paroles, Cellulairement, Sagesse, Voyage en France par un Français (1871-1881), Jadis et naguère, Les mémoires d’un veuf, Louise Leclercq (1882-1887), Amour, Les poètes maudits, Parallèlement, Femmes (1888-1890), ainsi qu’une section intitulée « En marge des œuvres. Textes et documents. ». Lire ainsi les Poèmes saturniens de 1866 à la lumière de l’article de Verlaine sur Baudelaire de 1865 en éclaire le sens. De la même manière, on découvrira qu’à l’époque même où il écrit ses poèmes les plus touchants, les plus profonds, comme les Poèmes saturniens, il se livre simultanément à la parodie, au pastiche, avec une maestria et un délice certains.
Le tome II comprend les œuvres de la fin de la vie de Paul Verlaine, réparties en deux sections : 1891-1893 et 1894-1896 : on y trouvera Bonheur, Mes hôpitaux, Chansons pour elle, Hombres, Liturgies intimes, Mes Prisons, Odes en son honneur, Élégies, Quinze jours en Hollande puis, dans la deuxième section, Dans les limbes, Epigrammes, Dédicaces et Confessions. Le volume se complète d’autres recueils ou recueils plus personnels : Invectives, Chair, Biblio-sonnets, Documents, Carnet personnel, L’Affaire de Bruxelles, Enquêtes et entretiens, suivis d’une nouvelle section « en marge des œuvres. Textes et documents ».
Ici aussi, on s’étonnera peut-être de voir se développer, dans la même période, et alors qu’il pousse ses œuvres vers le catholicisme, une deuxième veine de textes sensuels, érotiques, voire pornographiques. Un Verlaine théoricien apparaît aussi dans les conférences sur la poésie contemporaine, données en 1892 et 1893 qui donnent à lire, en creux, une poétique verlainienne. Plutôt qu’un appareil critique relégué en fin de volume, on trouve en marge des notations immédiates (repères sur les variantes, renvois à d’autres écrits contemporains, repérages stylistiques), ce qui facilite la lecture, mais aussi l’analyse en continu.
L’édition d’Olivier Bivort cherche à restituer l’œuvre comme un tout cohérent, où poésie, prose, critique littéraire et textes personnels ne sont pas dissociés selon des catégories artificielles héritées des éditions anciennes. La publication des Œuvres complètes de Paul Verlaine en Pléiade offre une édition monumentale, rigoureuse et renouvelée de l’un des poètes les plus influents de la littérature française, sans a priori de genre ni de valeur. Par son organisation critique et sa richesse documentaire, elle constitue désormais la référence indispensable pour l’étude approfondie de Verlaine, tant pour les chercheurs que pour les lecteurs passionnés. C’est une édition touchante et juste, qui rend à Paul Verlaine toutes ses voix, dont l’inflexion nous est si chère, et que certaines éditions ont trop tues.
Paul Verlaine, Œuvres complètes, sous la direction de Olivier Bivort, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2025.
– Tome 1, 1664 p., prix de lancement jusqu’au 1er avril 2026 : 69,00€, ensuite 74,00 €.
– Tome 2, 1680 p., prix de lancement jusqu’au 1er avril 2026 : 69,00 €, ensuite 74,00 €.
Coffret des deux volumes, prix de lancement jusqu’au 1er avril 2026 : 138,00 €, ensuite 148,00 €.