Paul Beaupère, Douze balles pour Marie-Thérèse

Paul Beaupère, Douze balles pour Marie-Thérèse

Pour son premier roman policier, Paul Beaupère offre un récit peu commun, où l’intrigue joue avec nombre de codes du genre, servie par un narratif truculent à la façon d’un Michel Audiard au mieux de sa forme.

Marie-Thérèse est bien décidée à se le faire. Depuis trois jours, elle court après ce magnifique cerf. À soixante-dix ans, dont cinquante dans la forêt des Vosges, elle ne va pas rester bredouille. Au petit jour, elle est en embuscade. Mais, lorsqu’elle entend du bruit, ce n’est pas le poil roux du cerf qu’elle voit dans son viseur, c’est la tête d’un homme qui tente de forcer une femme. Que faire ? Crier ? Appeler ? Elle tire et la tête mafflue, rougeaude et peu aimable du violeur explose comme un melon.
Endormie dans son fauteuil, Marie-Thérèse n’a pas entendu entrer le commissaire Abel Berg. Il fallait bien que cela arrive, pense-t-elle. Depuis trois jours, tous les médias ne parlent que de cet accident de chasse qui a mis fin aux horribles exploits de Raoul le Maboul. Ce détraqué violait et tuait dans toutes les forêts de France depuis trois ans. Abel Berg expose les preuves qu’il peut recueillir contre elle, des fibres de tissu, l’expertise des armes… Mais il souhaite la laisser en paix. Elle devra, cependant, en douze mois, exécuter douze malfrats que le commissaire, fautes de preuves suffisantes, n’a pas pu faire condamner avant de partir en retraite…

Le romancier conçoit une héroïne bien atypique. Marie-Thérèse a toujours vécu en contact avec la nature. Elle est la fille d’un chasseur alpin. Son mari, décédé, était un artilleur. Restée sans enfant, elle est devenue une chasseuse patentée et une tireuse d’élite. Cependant, elle est une bonne chrétienne, fréquente l’église, chante avec la chorale paroissiale. Elle aime jouer au scrabble avec un voisin. Grande fumeuse, elle possède un caractère entier, entend être indépendante et mener sa vie comme elle le sent.
C’est une suite de quêtes et de solutions que décline le romancier sur les pas de cette héroïne qui se révèle de plus en plus attachante au fil des pages. En effet, celle-ci, qui ne veut pas suivre les instructions du commissaire, se retrouve dans des situations délicates. Et, loin d’avoir des certitudes, elle doute, remet en question nombre de facteurs. Foin de personnages trop sûrs d’eux-mêmes, Paul Beaupère crée une protagoniste d’une grande humanité pour qui on ne peut avoir que sympathie.

Cette intrigue est présentée en chapitres courts, sans temps morts, où la tension est globale. Le ton est humoristique en diable, avec des dialogues où le vocabulaire plus que fleuri de Marie-Thérèse est truculent. Le choix d’expressions très imagées, de comparaisons originales amène à sourire, à rire, malgré la gravité du récit et le côté amoral des buts poursuivis.
Avec Douze balles pour Marie-Thérèse, Paul Beaupère signe un polar exquisément noir, d’une grande qualité tant dans la narration que dans l’évolution de l’intrigue. Un roman comme on aimerait en lire plus souvent pour la richesse de son contenu, le ton résolument drôle et caustique.

Paul Beaupère, Douze balles pour Marie-Thérèse, City Éditions, janvier 2026, 368 p. – 20,00 €.

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