Patrick Jannin, Pickpocket
Et si le temps faisait de Jannin une star d’un genre inédit sauvé in extremis ? Ces choses-là arrivent parfois quand on passe d’une civilisation à une autre. Certes, l’artiste ne cherche pas une telle reconnaissance. Le moment est toujours mal choisi pour bâcler le travail. Quoique pressé, il préfère le ralentir, désire jouir du crépuscule. Dans ses dessins, l’espace compris entre la vie et la mort est intérieur, il se retourne comme un gant. C’est une histoire d’os en quelque sorte.
L’ensemble des signes manifestes de l‘existence ne fait que renforcer sa propriété réversible. S’entendent alors comme des bruits de craquements de miroirs, des sons de bubble-gum, de fermetures Eclair, de salive qu’on échange. L’espérance de la petite mort peut assurément renvoyer le scintillement du sens dans les extensions de la vie. Jannin peut répéter l’opération indéfiniment loin de la société de l’industrie du luxe pour certains et de la pauvreté pour la plupart. .C’est pourquoi il singe les beautés manufacturières et reste ainsi vampire du libéralisme, pour la plus grande joie des amateurs de détournements. L’artiste évite scrupuleusement de fixer les images en dehors d’un langage autre, foudroyant, parfait à l’allumage du désir dans des libidos à tiroirs et doubles fonds. C’est une expansion sophistiquée et semi-clandestine loin d’exactions platement machistes.
Chacun reste fasciné par l’exhibition de cette dilution charnelle dans l’électricité nocturne. L’artiste cultive une beauté étrange ni par excès ni par défaut. Cette pratique révèle des archétypes de type volontairement « déceptifs ». Cette méthode comporte une légère perversion inaperçue qui en fait tout le charme. Une conquête à peine démêlée, une autre embrouillée se dessinent pour venir à bout du corps. Jannin demeure ur solitaire qui fabrique des êtres forcément doubles et ambigus. Dans la perpétuelle banlieue de son âme rôdent des monstres embryonnaires aux de beautés paradoxales. Pour calfeutrer leur pubis, l’évitement pas surrection du dos offre parfois une colonne d’air aux fantasmes. La féminité qui était jusque là dans les nattes est partie dans les colonnes vertébrales.
Il y a là un certain suivi physique sauf qu’on ne tresse pas les colonnes vertébrales et qu’il n’y a pas de hernies capillaires. Celles-là rappellent forcément la nudité mais de manière obviée. De tels phénomènes magiques ont l’apparence de petites vengeances dont l’humour semble parachuté d’ailleurs. D’entre les dents ou les dentiers peut-être. D’où le goût invétéré pour les extrêmes où se rencontre des Dahlia Noir, des roses Chine, du beige antique, du brun Cassis, de l’ultra-Violet, de la terre de feu, prune Eternel ou rouge Cythère. Restent la béance bien lubrifiée et le vertige devant l’abysse du désir. Ce dernier se double d’une inquiétude de ne pas pouvoir se matérialiser.
jean-paul gavard-perret
Patrick Jannin, Pickpocket, Derrière la Salle de Bains, Rouen, 2014 – 8,00 €.
One thought on “Patrick Jannin, Pickpocket”
Merci.