Pascal Boulanger, Guerre perdue

Pascal Boulanger, Guerre perdue

La décision de poème

Pour Pascal Boulanger, le monde est une obscurité qui se meut en tous sens, suspendue à une chambre de regard qui la réfléchit mais selon des visions biaisées : celles des pouvoirs qui restent myopes à ceux qui sont les dindons de leurs farces ou les lapins tirés à vue dans les guerres gagnées ou perdues. On met parfois les noms des victimes sur des stèles de marbre mais « l’usure des siècles » les efface. Ces pierres se servent d’eux pour réfléchir le corps du récit que racontent les Histoires officielles.

D’où la question lancinante que pose Boulanger :
« On souffle dans des cornes de brume
les deuils succèdent aux deuils
que vaut la vie d’un homme ? »
On connaît depuis toujours la réponse même si on fait semblant de penser le contraire : rien. A ce titre « Nous sommes des nains juchés / sur les épaules des géants » non pour voir mieux mais pour servir de cibles. Les femmes sont en premières lignes, et sont affichées au besoin comme adultères ou sorcières. D’un continent à l’autre, d’un siècle à l’autre l’Histoire rote mais elle concentre et oriente l’effet miroir des idéologies. Ne demeurent que des vues de l’esprit. Elles se moquent des corps que leurs foudres fusillent.

Guerre perdue devient le lamento qui fait la nique aux hypocrisies des « memento mori ». Ils ensevelissent les corps sous des céramiques somptueuses. Mais la robe du poème de Pascal Boulanger est plus limpide que celle des robes noires des récits officiels qui servent de longues suites aux pages et arpèges de l’Histoire. A leurs chaînes narratives enchevêtrées s’oppose ce texte. Il tire le monde hors de l’obscurité.
La condition de clarté de l’univers survient par un tel « acte». Il court-circuite l’espace de l’istôr d’Hérodote appelé à dire bien des choses à la naissance de la philosophie. Très vite, il fut transformé sous l’impact de divers jeux de dés plus pipés les uns que les autres.

Lire notre entretien avec l’auteur 

jean-paul gavard-perret

Pascal Boulanger, Guerre perdue, Passage d’encres, coll. Trait court,  Guern, 2015 – 5,00 €.

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