Olivier Bal, Malaven
Un huis clos étonnant !
Ce 18 octobre 1987, le capitaine du patrouilleur de la gendarmerie maritime n’a jamais connu une si terrible tempête à l’approche de Malaven. Ce que son équipe constate alors confine à l’horreur absolue. Ils découvrent des dizaines et des dizaines de noyés. Et le capitaine voit une frêle silhouette qui appelle à l’aide.
Ce 9 août 2007, dans les environs d’Annecy, un biologiste qui travaillait pour Neurolys, un empire pharmaceutique fondé par Georges Tellier, meurt terrifié par ce qu’il a fait là-bas, à Malaven. Et ce 17 octobre 2007, Alice Tellier pose le pied sur Malaven, invitée par Jonas Waverley, un auteur qui, en quelques livres, a acquis une belle renommée. Celui-ci, pour la décider à venir, lui promet des révélations sur son père disparu depuis quelques temps.
C’est ainsi qu’ils se retrouvent à quatre, quatre des cinq qui composaient la Bande des Confins et qui, en octobre 1987 étaient sur Malaven, sans doute pour la dernière fois ensemble. Mais les souvenirs des uns et des autres restent incertains, très lacunaires. Et le piège se referme quand un tueur se lance sur leurs traces. Il va falloir, pour vivre, se souvenir très rapidement…
Si l’on pense subodorer assez vite quelques données de la solution, on se trompe grandement car Olivier Bal a conçu une intrigue qu’il n’est pas exagéré de qualifier de machiavélique. Mais avec un Machiavel qui use d’outils de notre époque, des éléments qui sont dans le cours du temps.
Le choix d’une île, lorsque que le sujet à traiter tourne autour d’un huis clos, est idéal. Le romancier retient deux époques principales pour construire son récit, celles-ci se répondant de façon superbe avec la mise en scène d’un petit groupe d’amis. On les suit lors de leur dernier week-end, avant que chacun prenne son envol, parte vers sa destinée, une destinée dictée par des circonstances ou des choix divers et variés.
Puis l’auteur les reconvoque en mettant un frein mémoriel qui leur a permis d’occulter, plus ou moins bien, un terrible drame. L’histoire s’appuie, entre autres, sur la mémoire, le traitement de certains de ses troubles, sur l’oubli généré par la nature humaine, sur la nostalgie d’un passé où tout semblait possible. Se mêlent également des problématiques liées aux traumatismes, aux personnalités à reconstruire.
Si Malaven est situé en Bretagne, cette île n’existe pas. C’est une compilation de quelques-unes bien réelles de la région. L’auteur, pour ce faire, s’est livré à nombre de repérages au point, d’ailleurs, d’aller s’installer, séduit, dans cette région. Le volume s’ouvre sur une carte de l’île. Celle-ci a été réalisée à la façon des représentations de pays au XVIIe siècle par Olivier Sanfilippo à la demande de… Jonas Waverley.
De l’action, du suspense, des rebondissements, des coups de théâtre et des informations pertinentes à foison amènent à une lecture addictive de ce roman. Ce livre est difficile à oublier tant le thème est traité de manière puissante, riche en péripéties et informations scientifiques effrayantes car si proches de possibles réalités.
serge perraud
Olivier Bal, Malaven, XO Éditions, coll. Thriller, avril 2025, 464 p. – 21,90 €.