Pierre Le Pillouër, Ajouts contre jour

Pierre Le Pillouër, Ajouts contre jour

Bien axé sur son ego, Pierre Le Pillouër se croit l’élite des élytres. Père de ses paires (et vice(versa), mètre-chanteur il fait « sortir l’aphorisme de l’alignement mortifère », apprend l’enchaînement d’un mot à une phrase ; oblige à fustiger le « au commencement la répétition » de Michaux et distille la poésie extraite de sa pose et de sa prose. Enfin et surtout, il donne à un tel genre une fin politique même s’il rassemble parmi les engagés ceux qui sont plus pourrissants qu’enchanteurs.

Don Juan à sa façon, osant tremper son doigt dans ses modes-elles à la chair intarissable, le voici menuisier de sa langue de bois. De ses prébendes du savoir, il ne bouge pas d’un iota. Saluons l’Immobile. Il soulève la nuit et les espaces forains même s’il reste pattes repliées sous lui à la façon des bêtes au flanc qui allaitent ceux qui l’estiment et ceux qu’il estime éduquer.

Certes, par les giclettes de l’inspiré ses lamentos sont de tourterelles. Beaucoup écoutent ses sornettes depuis son ombilic – endroit le plus sûr de la terre et qui n’est plus chargé de tous tes péchés d’Israël. Une telle féerie en devient suspecte même si d’un tel essor la laine est mentholée et fade.

Ne se sentant pas obligé à la raideur la plus stricte, il souffle néanmoins sur les braises de celles et ceux à consumer. L’auteur les laisse pour morts. Pour lui, sa surrection le travaille – gardien contre son aube au noir d’y voir (mais quoi ?) et de ses proches face aux illusions rhétoriques et existentielles des diables hautains bien moins que lui car poètes savants de Marseille.

Dans les plis de sa robe de juge, imaginons-le joignant ses mains en prière de son Evangile selon lui-même. De quoi consoler apôtres et copains et – qui sait ? – une rousse veloutée. Au besoin, elle cache sous sa jupe le trésor de toute une réserve ornithologique. A l’auteur d’y entrer en Pégase des ténèbres. Il attend encore son saut dans « l’inconnu toujours nouveau » dont Baudelaire lui tendit une perche. Il l’a sans doute oubliée.

jean-paul gavard-perret

Pierre Le Pillouër, Ajouts contre jour, Le bleu du ciel, 2025, 93 p. – 14,00 €.


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