Nathalie Cohen, Un fauve dans Rome
Agrégée de lettres classiques, la romancière enseigne le grec et le latin. En 2019, elle a entamé une série de thrillers antiques dont Un fauve dans Rome est le second volet après La Secte du Serpent (Denoël).
L’action débute lors de la dixième année du principat de Néron, à l’avant-veille des ides de juillet (an 64 de notre ère). Lucius Cornelius Lupus fait commerce de prostitués, surtout des enfants qu’il enlève pour les livrer à la cour de Néron. Il a même forcé sa propre sœur, une vestale, à se livrer à l’Empereur. Il a, pour lui faire accepter cette situation, un moyen de pression, un papyrus relatif à Marcus Tiberius Alexander auquel elle est très attachée.
Celui-ci fait partie, depuis douze ans, des cohortes des vigiles de Rome qui se battent contre des feux de plus en plus fréquents. Il assiste, impuissant, à l’assassinat d’une femme venue tenter de récupérer sa nièce sur le marché aux esclaves. Il constate, une fois de plus, que la sécurité des citoyens n’est plus assurée. Et il sait que le trafic d’enfants de naissance libre reste impuni dans Rome.
Marcus, amené dans un lupanar, est témoin de scènes de viols sur des enfants. Scandalisé par de telles mœurs, il décide d’enquêter, de trouver les coupables à l’origine de ces pratiques monstrueuses. Mais sa traque va être bien bousculée quand il doit lutter contre l’incendie qui, parti du Circus Maximus, va ravager la ville pendant plus de huit jours…
Le roman s’appuie sur deux sujets principaux, la prostitution d’enfants et l’incendie resté célèbre. La romancière décrit avec précision, de manière érudite, la partie historique du livre. Outre le quotidien des populations, elle détaille la façon dont est organisée la société, l’esclavage, les structures mises en œuvre, tant sociales que matérielles. Les moyens utilisés contre un brasier de cette ampleur semblent bien dérisoires.
Quant à la traque des coupables qui enlèvent les enfants pour les livrer à la dépravation, elle est aussi réduite qu’inexistante. Cependant, cet incendie, que les opposants à Néron ont cherché à lui faire endosser, semble avoir un départ accidentel. Elle raconte les outils utilisés pour tenter de circonscrire cette catastrophe, le désespoir du peuple qui se retrouve sans toit, sans nourriture. C’est aussi la description des sévices endurés par les enfants, l’auteur ne cherchant pas à les minimiser.
Avec ce second volet, Nathalie Cohen livre un beau fragment d’histoire autour d’événements parvenus jusqu’à aujourd’hui, intégrés dans la culture populaire. Mais elle respecte des règles du thriller en y mêlant vengeances, crimes, complots, trahisons… Elle fait un état de la cour qui entoure Néron, des individus prêts à tout pour satisfaire les appétits dévoyés de l’empereur. Ce volet montre aussi comment un homme qui s’est assuré un pouvoir absolu peut être dangereux, perdre toute mesure pour satisfaire un ego savamment entretenu par un entourage servile.
Un fauve dans Rome se révèle un roman bien attractif pour sa partie historique nourrie aux meilleures sources, pour une intrigue forte, aux scènes parfois crues, qui se découvre avec intérêt.
serge perraud
Nathalie Cohen, Un fauve dans Rome, J’ai lu n° 14 012, février 2024, 384 p. – 8,20 €.
