Michel Braudeau, Place des Vosges
La collection « Fiction & Cie » a toujours représenté un lieu surestimé de la littérature. S’y comptent sur les doigts de la main les livres importants qui y furent publiés (hormis des traductions d’auteurs déjà confirmés – Pynchon par exemple). Ce nouveau livre montre une fois de plus l’intérêt relatif d’une telle collection.
Braudeau y fait le point – depuis son magnifique appartement de la Place des Vosges – sur « ses » années 60 qui furent ses années de guerre. Ou de guère. Même si se croisent Hallier (borgne parfois flamboyant mais surtout instable et ignoble dans le livre), Cayrol, Sollers, Barthes et les partisans de Tel Quel : bref, toute l’intelligentzia du Seuil, structuralisme et mise en abyme du discours compris. Il y a aussi Bowie et quelques autres qui ouvrent de quelques mètres les frontières germanopratines.
La satisfaction narcissique et quelque peu prétentieuse (euphémisme) sent la moulure, l’encaustique, le rance. Tout reste au niveau de l’anecdote d’une banalité crasse et d’un ennui équivalent. L’époque est passée : le livre aussi. Les anecdotes ( plus ou moins douteuses car rewritées avec le temps ) ne font que mâcher des poussières. Elles manquent de tout et surtout d’humour et de profondeur. Cela se veut élégant, agréable mais pue les images Panini sans le mérite d’une certaine virtuosité.
Si Braudeau ne jouissait pas d’une notoriété (il fut directeur ou prête-nom – comme Michel Crépu aujourd’hui – d’une NRF réduite au rang de dépliant publicitaire de Gallimard ), son livre serait resté à l’état de manuscrit. La littérature ne s’en serait pas plus mal portée. Elle peut se passer d’une pratique du vide-grenier (chic) où se nettoie un vieux miroir propre à l’autosatisfaction et à ses fumigènes. Ils ont du mal à fasciner le lecteur : ils l’enfument dans le meilleur des cas tant le livre ne possède même plus le charme des choses qui ne sont plus.
jean-paul gavard-perret
Michel Braudeau, Place des Vosges, Le Seuil, coll. Fiction et Cie, 2016.

2 réflexions sur « Michel Braudeau, Place des Vosges »
Annie Renaud, vous exagérez !
Quelle mémoire !