Maya Boisgallays, Paysages intérieurs

Maya Boisgallays, Paysages intérieurs

Konrad Von Arx (un des auteurs de ce superbe livre) reste celui qui a découvert dans les gravures de Maya Boisgallays – quelle qu’en soit la densité d’encre et de pression – un vœu de transparence, une secrète dimension d’éternité et d’intimité profonde. Chaque gravure rend pathétique et extatique toute tentative de représenter le réel ou d’en rendre compte par une image ressemblante. Le geste de création enflamme la matrice vierge et imprime la trace terrible d’une absence. Mais d’une absence en appel de présence.

En ce sens, l’œuvre touche au sacré. Est-ce pour cela qu’elle ne surgit jamais dans ce qu’on nomme la figuration ? Cela est possible. Mais une telle explication n’est pas suffisante. L’artiste franco-suisse ne cesse un travail de patience afin d’approfondir le sillon de l’art qui est aussi celui de l’existence.
Celle qui partagea sa vie entre son atelier parisien et sa maison avec son mari – le compositeur Jacques Boisgallays – à la Tour-de-Peilz ne cesse d’atteindre – à défaut de la connaître – la paix. En ses fouilles, elle crée des éclats, des nervures qui deviennent traces contre la vitesse du temps.
L’artiste exprime un sentiment intime à l’unisson des grands rythmes telluriques qui nous dépassent. Son monde proche est le plus lointain. Le plus éloigné est dans sa proximité. La sidération naît de ce hiatus, de cette cavité.

Nous en sommes les témoins, les otages au moment où la créatrice nous projette de l’autre côté du réel sans pourtant nous décoller du socle terrestre. Mais nous sommes surtout confondus, éblouis devant ce spectacle de la mort, de la vie. S’y éprouve une nudité particulière. Ou plutôt le total dépouillement jusqu’à l’abandon et l’acceptation dans la fusion du monde avec l’indicible.
Les gravures sont donc des états de vision. Par pression et décompression, le réel est écrasé. Mais cette apparente « disgrâce » ne peut corrompre l’éclat de la lumière. Au contraire, elle l’éternise sans sombrer.

Maya Boisgallays, Paysages intérieurs, Editions Fondation Ateliers d’Artiste, Canton de Vaud, 2024, 174p.

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