Marie-Laure Dagoit, La lumière devant moi

Marie-Laure Dagoit, La lumière devant moi

L’érotisme est une pudeur

Il existe dans l’œuvre de Marie-Laure Dagoit un rapport au temps, à son urgence. Hors travail d’édition, pas question pour elle de se lancer dans un travail de longue haleine. Elle n’a pas le temps d’organiser sa vie par rapport à l’écriture sur un temps long, d’entrer dans un processus de régulation rythmée du temps de travail. Elle accumule sans doute des notes, des textes courts. Où elle se montre/cache, joue avec les stéréotypes et les fantasmes sans savoir exactement où elle va au départ.
L’écriture se fait dans les interstices du temps, par bribes de prosodie qui finissent par coaguler en texte. On ne sait jamais trop ni quand ni comment.

A un moment donné, la sensation que ça prend arrive pour lier et articuler le tout, dégager une logique, homogénéiser une forme en forme faux aveu (ou presque) : «tu me baises comme si j’étais un trou, avec un geste machinal. Tu vas, tu viens sans conviction. Je suis pendant un instant ton sujet, négatif. Je suis là, tu entres et tu sors faute de mieux — tu montes, tu descends, tu lèches ma fente comme on foule une terre inconnue sans conviction. Tes yeux sont noirs. Autrefois, je voulais que tu m’aimes ». Nul pathos. Le texte voit le jour parce que le matériau qui le constitue s’est fait aspirer par une forme qu’il fallait accomplir.

Une telle écriture garde une structure ouverte, poreuse : peuvent y entrer toutes sortes d’éléments biographiques, fantasmagoriques, fabuleux, méta-poétiques et s’y pratiquer de multiples greffes. Le souci de cohérence formelle beurre cette diversité, la dégorge en rythmique de manière presque drôle ou du moins détachée. C’est comme une sculpture d’un couple ou de ce qui en tient lieu, un schéma visuel impératif. Et écrit au couteau.
L’intérêt du travail d’écriture est de faire bouger les schémas et les genres, les confronter à une résistance vers la chute, le vide scandés de la plénitude scénographique où se joue un déséquilibre et où se dit le refus de laisser coïncider les êtres. Ils sont dans une sorte de torsion du schéma plastique. Chaque fiction désamorce certes le pathos mais dit implicitement, comme ici lorsque la lumière s’éteint mais demeure présente dans les yeux de l’auteure, que la littérature est tout et rien – en même temps.

jean-paul gavard-perret

Marie-Laure Dagoit,  La lumière devant moi, littérature mineure, Rouen, 2017 – 8,00 €.

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