Marie Laure-Dagoit, Essuie-toi Jacques

Marie Laure-Dagoit, Essuie-toi Jacques

Un si beau mentir

Marie-Laure Dagoit s’offre avec Jacques Cauda une party des plus juteuses. La créatrice – en la plasticité de sa langue – sait en rajouter des couches.
La voici dans ses oeuvres, se disant faite uniquement pour des aspirations qui l’inspirent mais que le décence empêche de nommer.

L’experte n’y va pas de main morte – enfin si l’on peut dire et toute une géographie est suivie au plus près du territoire plus que de la carte. Tout coule et roucoule entre le marteau et l’enclume (vocables choisis par effet de chasteté). Le tout lors de cinq à sept qui n’ont rien d’ascète en dépit de quelques chastes thés que partage l’auteure et l’enlumineur en intime « ite » comme on dit dans certains rituels plus religieux.
La prêtresse athée mais patiente,  front plissé sous l’effort et mèche parfois tombante (il s’agit chaque fois de elle aussi la relever),  additionne les prestations. Myopes ou presbytes n’en espéraient pas tant. Enfin presque puisque devant l’alcôve et la salle de bains de la madone des slides, la queue est aussi longue qu’une file d’attente. L’inverse est vrai aussi.

Et qu’importe les jambons. Le Serrano n’est pas obligatoire pour la charcutière. Mais il y a là pour Cauda de quoi s’en payer une bonne tranche et multiplier certains desseins cochons. Celle qui « aime mentir » trouve donc dans Jacques un sacré partenaire en programme nucléique. Les effets de langues se conjuguent pour divers types d’émissions. L’une et l’autre les célèbrent la où la fin et la faim justifient les moyens et moyeux.

Un tas de chair cousu de veines et d’artères ou si l’on préfère un gibier sans fourrure voit s’incarner soudain ses illusions dès que la pression hydraulique donne un sentiment d’éternité et non seulement – comme l’estima Proust – au style. D’autant que l’écrivaine se fait parfois chirurgienne. De celle qui ont (au besoin) du chien. Pour elle, les peaux sont amovibles et elle fait chanter jusqu’aux prothèses avec une ingéniosité qui défie les lois de la gravitation.

En un tel carnaval, la musique est de cinq sens.

jean-paul gavard-perret

Marie Laure-Dagoit, Essuie-toi Jacques (illustrations de Jacques cauda), Littérature Mineure, Rouen, 2021, non paginé.

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