Mademoiselle Julie

Mademoiselle Julie

Un travail sobre, soigné, cohérent, efficace

D’abord le public peut voir son image, en miroir, se refléter sur le devant de la scène. Puis l’effet s’estompe pour dévoiler une fête, qui se tient en arrière plan, dans un appartement hypermoderne. La salle où l’on danse, derrière la cuisine au premier plan, est parsemée de troncs de bouleaux qui paraissent y tenir le rôle de piliers.
La nuit de la Saint-Jean, la maîtresse de maison s’accoquine avec les domestiques, et se prend particulièrement à jouir du plaisir de l’un d’entre eux. C’est aussi l’histoire d’un amour qui se découvre d’être raconté, à défaut d’avoir été vécu. Finalement les deux êtres se connaissent comme par mégarde, à la faveur des replis de la nuit. Il en résulte une plongée dans les profondeurs de la personnalité des deux protagonistes du drame, qui est entre autres l’occasion d’énoncer la loi cruelle des rapports humains : « de l’amour, il y a toujours, même s’il ne dure pas ». Il s’agit d’une exploration de la fragile générosité des sentiments : les renversements de leurs intentions témoignent de la versatilité de leurs aspirations mutuelles.

La pièce interroge les rapports de classe et de séduction. Elle repose sur une dialectique des liens entre les deux personnages principaux, chacun ne pouvant supporter la moindre affirmation de la personnalité de l’autre. Il en résulte une conflictualité permanente ; la mise en scène souligne bien la violence des rapports entre les deux amants. Ni la froideur du décor, ni l’omniprésence de la musique n’altèrent la vigueur du texte. Les acteurs rendent attachantes les personnalités qu’ils incarnent. Un travail sobre, soigné, cohérent, efficace.

christophe giolito

Mademoiselle Julie
d’August Strindberg
mise en scène Frédéric Fisbach
avec Juliette Binoche, Nicolas Bouchaud, Bénédicte Cerutti & un chœur composé d’amateurs.

 

Du 18 mai au 24 juin 2012, au Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon, Paris 6ème
Scénographie, lumière, costumes : Laurent P. Berger
Création des costumes de Juliette Binoche et de Nicolas Bouchaud : Alber Elbaz pour Lanvin
Dramaturgie : Benoît Résillot
Traduction : Terje Sinding.
Le texte de la pièce est paru aux éditions Circé en 2006.
Collaboration artistique : Raphaëlle Delaunay
Coiffure et maquillage : Sylvie Cailler
Production Festival d’Avignon
Coproduction Odéon-Théâtre de l’Europe, les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Théâtre Liberté de Toulon, Barbican London, La Comédie de Reims Centre dramatique national, CDDB-Théâtre de Lorient Centre dramatique national, France Télévisions, Compagnie Frédéric Fisbach
Action financée par la Région Île-de-France, avec le soutien de la Maison Lanvin et le soutien spécial de SPAC-Shizuoka Performing Arts Center, avec le soutien de l’Adami.
Créé le 8 juillet 2011 au Gymnase Aubanel, Festival d’Avignon, 65ème édition.

 

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