Madame Hulot
(Maure sûre)
Toujours folle par amour, tu jettes tout décorum. Ce qui reste de la mesure n’entre pas dans tes normes. Ta métaphysique est physique et c’est ta doctrine de la nudité. L’habit ne fait pas le monde. Tu regardes ta substance et non pas ton manteau. Bref, tu regardes seulement le cœur qui bat dans ta chair. Tu cherches aussi tes limbes où ta renaissance se dessine. Ce sont les lieux de ta liberté inconsciente où le poids de l’abandon est allégé voire supprimé. Tu demeures – bifurquant parfois jusqu’à l’angoisse – le délire du mystère, le pathos extatique. la réinvention des formes d’existence. Tu résistes aux protocoles de l’existence.
Tu deviens une Madame Hulot comparable au Monsieur de Jacques Tati. Dans une grande salle d’attente où passent des gens qui s’y adaptent, tu fais le tour des fauteuils en skaï avant de t’y enfoncer brièvement et te relever pour danser sur le parquet ciré en vivant souplement et en déplaçant le présent dans l’ailleurs. Tu restes mobile immobile, et immobile mobile pour nous permettre de voir le donné ou l’acquis toujours un peu en dehors mais dedans. Quoique toujours discrète, tu es l’ombre troublante ou inconsciemment irritative, chercheuse de formes, parfois affolée pathétique. Bref, tu es malgré tout intégrée mais dérangée. Tu le dis : « Ce n’est pas de ta faute ». Alors à qui ?
jean-paul gavard-perret
Photo : Ajton Corbjin