Lucrèce Luciani, L’ombilic du père

Lucrèce Luciani, L’ombilic du père

La dernière « rentrée littéraire » de l’automne 2025 fit la part belle aux romans familiaux, aux récits autobiographiques autour de la figure maternelle (par exemple chez E. Carrère) ou de la figure paternelle (chez A. Berest ou C. Girard…). Lucrèce Luciani ne s’inscrit nullement dans cette veine, refusant un chemin linéaire. Elle affirme d’ailleurs qu’écrire pour elle ce n’est pas raconter. Le titre de L ’ombilic du père est à la fois viscéral au sens médical du terme et l’écho du lien, de l’attache nourricière symbolique, et le point d’un mystère indépassable comme celui du rêve. Le père (le sien, précise l’auteure) ne donne pas la vie mais il donne à la vie. L’enfant-écriture par lui advient.

Lucrèce Luciani a déjà « écrit son père » dans Braise noire, livre paru en 2024, en revenant sur l’époque marocaine ; époque comme celle d’un peintre. Enfance des vagues océaniques et du soleil du sud. Avant le retour tragique, en France, à l’âge de l’adolescence. Ici, elle convoque le père devenu un vieillard au seuil des derniers jours. Le texte tient assez largement d’une chronique vécue des enfants et de leurs parents plus ou moins malmenés par diverses institutions d’accueil. Où il est question de cohabitation parfois difficile dans l’appartement aixois, de séjour au pays natal, en Corse, du père.
Cependant, le texte est bien autre chose : la célébration panthéiste poétique d’un père-Soleil ; texte, qui va et revient sans jamais aller vers une fin autre que celle de la Beauté poétique.

L’oraison funèbre fut un genre littéraire, se livrant au grandiose religieux. Lucrèce Luciani s’en détourne, choisissant plutôt le Tombeau poétique : celui qu’un poète écrit pour un autre poète car le père (poète « en vie ») est bien celui par qui advient l’écriture des poèmes enfantins, en passant par les lectures de Vigny ou de Tournier, allant vers son propre carnet offert par sa fille jusqu’au livre lui-même. Le père est un Guide. Tout est livre ou mots. Tout se répond.
Ainsi, le suicide par pendaison à 97 ans du père, en 2024, dans la chambre 111 fait leitmotiv, au sens musical, avec la pendaison – condamnation par les Français, du jeune garçon corse du Niolu, mais plus encore avec la tentative de suicide, cinquante ans auparavant, de la fille devenue écrivaine.

Toutes les images, celles du langage, celles des rêves tissent la toile de la vie et de la mort. Image et mots ultimes sur une stèle de granit rose au dessin de soleil en ses rayons, dans le petit cimetière de Calacuccia avec simplement gravés deux dates, celle de la vie et de la mort et le nom du père.

Lucrèce Luciani, L’ombilic du père, éditions Azoé, 2026, 141 p. -15, 00.

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