Liliane Giraudon, Le Garçon Cousu
En six fictions abruptes – «Le garçon Cousu », « Les monstres ne peuvent se passer de compagnie », « Solilocas ou la vie sexuelle des lamproies « , « Moi la langue parlée me rafraîchit », « Le chat la crevette et Gaspara Sampa », « Arrêtez d’applaudir avec vos cuisses » – Liliane Giraudon fait claquer la langue, la casse. Elle la recoud en points plus violents afin d’aciduler l’émotion du lecteur et brouiller ses grilles d’interprétation. Elle ne fait pas miroiter la possibilité de trouver une réponse univoque et définitive à la question : « Et vous, vous savez ce qu’il en est de l’amour ? ». L’auteure en sait pourtant un maximum sur la question mais elle fait une certaine impasse sur ses propres joies, peines, repères et préfère proposer un réservoir ironique d’approches intempestives. Elle sait que si, dans l’amour, l’être (quel que soit sa nature, genre, âge) est à la recherche d’un nouveau langage, aucun grammairien ne sait quoi en dire vraiment. Un coup de dés jamais n’abolira son hasard. La poétesse se « contente » donc de montrer comment la langue peut en détrôner les images clichés et les métaphores décolorées.
Lilane Giraudon ne manque pas d’audace et, pour se soustraire au risque du mutisme et de l’aphasie, elle cherche de nouveaux sons dans sa poésie nerveuse et dégraissée. Bref et comme nous le disions plus haut, elle fait claquer sa langue en sachant que le raclement aspiré du crachement crée aussi une belle consonance. Par rapport aux modalités traditionnelles de la poésie, l’auteure contribue de manière déterminante au développement de la recherche d’un langage pluri-expressif. En un contexte de massification, elle remet en question la construction identitaire.
Les textes qu’elle rassemble ici ose l’humour, la dérision, le corps comme ce que nous nommons faute de mieux l’âme. Tout chez elle est une affaire de « ponts » capables de suggérer les sources de jouissance ou d’accablement ou des deux à la fois. Il y a donc dans ce livre un mouvement dialectique dont l’écriture est la caisse de résonance. La culture populaire et l’expérimentation s’y croisent. Elles donnent lieu à des hybridations pour le moins étonnantes dans le tangage et certains excès capables de produire une unité et une dissémination. Se croisent et s’entrecroisent des harmonies et des désharmonies rythmées par différents éléments.
jean-paul gavard-perret
Liliane Giraudon, Le Garçon Cousu, P.O.L Editions, Paris, 2014, 128 p. – 10,00 €.
