Jacquie Barral & Bernard Noël , Tapis de cendres

Jacquie Barral & Bernard Noël , Tapis de cendres

Une quête farouche du postmodernisme

Le dessin est un compagnon pour traverser la vie. Ou pour essayer de la faire « prendre », de la faire exister. C’est aussi une rencontre (ici avec Bernard Noël) pour oublier ce qui efface le temps qui semble au milieu des cendres du monde n’avoir jamais commencé. Jacquie Barral le montre d’une manière froide, neutre. La seule possible pour souligner cet effacement que souligne le poète. L’œuvre avance sans raconter d’histoire – ou si peu.
Reste l’autrefois de toujours, toujours moindre. Au nom de quoi plus question de se tirer d’affaire. Restent des strates de latence venues de partout et de nulle part. Il suffit d’errer là où le monde laisse des plumes. Plaques, arêtes, fentes et intervalles participent à la construction d’un vaste réseau graphique qui s’attache à une tentative de prise en compte de l’espace et qui repense les valeurs de pesanteur et d’apesanteur. Le dessin peut ainsi s’assimiler à une proposition « architecturale » et abstraite qui est parfois aérienne, parfois excessivement matérielle, dense, volontairement massive et lourde.

Se comprend mieux comment depuis longtemps l’artiste (et écrivaine) pousse sa réflexion sur les champs de l’abstraction au sein d’une quête farouche du postmodernisme le plus conséquent dans la mesure où elle accepte qu’on ose à son sujet le mot désormais honni de beauté. Elle permet ici non de faire décor mais de desserrer et d’introduire entre deux strates ou de mouvements un intervalle ou une mesure dans une ponctuation du monde réduit à une perforation de ce qu’il est et du peu qu’il en reste.
Le poème visuel devient une pratique du « guère » qui trouve soudain une intensité pure et paradoxale.

jean-paul gavard-perret

Jacquie Barral & Bernard Noël , Tapis de cendres, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2014, 28 p.

Laisser un commentaire