Lev Nikolaïevitch Petrov, Dans le passage un pope

Lev Nikolaïevitch Petrov, Dans le passage un pope

Par tous les temps

De Lev Nikolaïevitch Petrov-Blanc on ne sait presque rien sinon qu’il a écrit ce texte, qu’il serait né à Gorki en 1964 et mort à Saint-Pétersbourg en 2003. Traduit pour la première fois en français, son texte est un ovni littéraire. Sous prétexte de dériver vers une sorte de roman des combes et des décombres fidèle à la tradition russe de Gogol à Dostoïevski, Dans le passage un pope devient comme il est précisé en 4ème de couverture un « documentaire métaphysique » ou, si l’on préfère, un roman du roman : le lecteur se perd en un passage qui devient une impasse ou un couloir qui mène sans doute plus vers l’enfer qu’un quelconque Eden.

La « représentation » du rituel romanesque s’engage dans une interposition particulière : le lecteur se trouve engagé dans une galerie (physique mais aussi de portraits) par la présence du Pope. Le personnage permet à l’absurde de jaillir en un tonalité qui n’a rien de compassée ou de religieuse :  elle est étrangement festive.
Tout est passé à la broche d’une écriture qui se pâme « pour un nouveau départ ou continuer, sans plus». Tout passe aussi par des traboules à la moscovite jonchées de soulots, de clochards, de tziganes sexies et de vendeurs de statuettes de Staline ou des portraits de Mikhaïl Boulgakov (ce qui est plus drôle et vivifiant).

Dans ce magma social, le pope lui aussi est un déchet. Mais il s’érige sans peine tel un pape glorieux. Au milieu des damnés de la terre qui se prennent pour de nouveaux princes mais ne sont que chairs à morgue ou – au mieux – aux urgences, il règne sur la fiction de manière hautaine et dérisoire, « coiffe en avant juste ce qu’il faut, le temps qu’il faut, ferme et doux, sobre et à sa manière élégant, dans le passage il ne fait rien qu’y être mais quel style ».
D’ailleurs, sans lui, point de roman : « Quand il n’est pas au courant d’air, dans le couloir, c’est la neige, c’est le froid, par tous les temps ».

Pour autant, à la fin, ce n’est pas lui qui aura le dernier jet – sinon transformé en bleu de travail. Dans une feinte de roman social, pope et bigote doivent détaler. Tout sera propre et net et ceux qui nettoient cette parodie de Place Rouge seront évincés de leurs rinçages. L’auteur avec.
Demeure néanmoins ce petit-chef d’œuvre au parfum de canule et de canular qui invite à une forme d’avant-garde de l’extension du domaine de la lutte littéraire où alternent scènes érotiques et gourmandes, souvent avec humour afin de recenser des situations insolites.
De la texture scénique surgit une lumière d’ouate au moment où l’auteur finit en technicien de surface qui ramasse les débris de petites histoires de l’Histoire pour jeter une lumière crue sur « l’ob-scène », si l’on entend par ce terme tout ce que cache chaque société.

jean-paul gavard-perret

Lev Nikolaïevitch Petrov, Dans le passage un pope, trad. du russe par Pauline J.A. Naoumenko-Martinez, Editions Louise Bottu, Mugron, 2016, 120 p. – 14,00 €.

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