Kourtney Roy, La Volpina (exposition)
Mamma quasi Roma
Souvent dans les histoires de Kourtney Roy, l’héroïne semble coupée du monde, en sa solitude. Elle rêve sans doute de vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans le temps. Bien plus encore, au sein de l’espace où chaque personnage féminin est désemparé. On ne sait si la traque ou la fuite tient à une histoire policière ou une histoire d’amour. Mais dans le filtre contre la réceptivité organisée, l’hospitalité sociale a peu de prise . Et c’est là l’occasion de connaître cette nouvelle exposition et cette série réalisée suite à sa dernière résidence artistique à Naples.
L’artiste poursuit son exploration de l’autoportrait mis en scène dans cette série inédite où elle plonge au cœur des marges urbaines. Fidèle à son langage visuel, elle y convoque l’imaginaire cinématographique italien (Reality et Dogman de Matteo Garrone, Mamma Roma de Pasolini, Amarcord ou Roma de Fellini), entre néoréalisme et comédies populaires. Kourtney Roy extrait une matière visuelle à la fois fantasque et mélancolique. Loin de tout pittoresque touristique, elle capture une Naples en creux qui devient ici (mais ce n’est pas la seule), exubérante et secrète à travers ses interstices, ses zones d’ombre, ses espaces liminaux.
La photographe détourne les clichés et les emblèmes figés là où le personnage La Volpina du Amarcord de Fellini prête titre à cette exposition. A travers eux surgissent des figures féminines dures, drôles, flamboyantes, sévères mais douces, revêtues de vêtements criards et qui deviennent des véhicules d’identités bruyantes et baroques.
Ici, le voyage en Italie, où le dépaysement est autant intérieur que géographique dans ce récit fragmenté, poétique et ironique interroge bien plus que l’imagerie italienne : les mécanismes de la représentation de soi. S’appuyant sur « les caprices du hasard », l’artiste crée tout un jeu grave mais ludique dans ce qui demeure sans prises pour le regardeur. Tout demeure donc ouvert entre la réalité et le fantastique.
jean-paul gavard-perret
Kourtney Roy, La Volpina , Galerie Les filles du calvaire, Paris, du 6 novembre au 20 décembre 2025.