Jean-Louis Poitevin, Dieu, les dieux, le dieu De l’Iliade aux Évangiles
(A)théologie
Du ou des dieux, nul ne peut certifier comment il nous est parvenu. Le tout sans raconter comment il s’y est pris pour voyager. D’autres s’en ont chargés, et disent ce qu’ils ont découvert sur les chemins du (des) dieux sans préciser que leur but se déplace et comment leurs procédures se transforment.
De cela, rien ne se peut. Mais Poitevin nous rappelle que le possible, est autre chose que ce qui ne peut pas être ou ne le doit pas.
Dans un tel champ, la conscience peut bien s’offusquer, protester à grands cris ou affirmer. Mais dans son jeu (de Loi divine), elle n’en fait partie elle qui, par-ci, par-là, se contente de fermer yeux sur ce qui lui arrive. Après tout , elle n’est pas la seule instance capable de dire, de raconter, de mettre en forme, de rendre compréhensible, de faire exister quelque chose et de l’accueillir en son sein. Mais de la croyance théologique, elle fait sa pierre d’appel et son point de capiton de bascule.
En elle, des strates sont mont(r)ées pour ce qu’elles sont, à la fois multiples et une comme leur ou leurs entités. Au besoin, elle se retourne sur elle-même pour que sa vérité soit désormais tenue pour vrai. Jean-Louis Poitevin aligne et démontre ses renversements, ses retournements des évidences. Il illustre des certitudes et des révélations de haute teneur en croyance. Le tout en mouvements à la fois incessants et avancés par sauts ou sursauts, par révélations et recouvrement du révélé.
Dans un tel essai , éclairs et aveuglement, sans s’opposer à croire, sans essayer de ne pas croire, sans vouloir y croire, avancent. Histoire de penser (juste) ce qui est tenu pour avéré. Voire à n’importe quel prix. Mais la conscience est-elle devenue l’alibi de la raison ? Faut-il finir avec elle ? En ce programme, plutôt que de la tuer, Poitevin laisse saillir, jaillir, couler, exhumer, exfiltrer et surtout rendre vie à ce qu’elle enserre depuis tant de siècles dans divers vêtements de déesse ou dans le linceul du Christ.
Reste à savoir si les hommes ont inventé Dieu et leur conscience. Ces deux voies et lois sont difficiles à tracer. Entre Immensité glorieuse et tragique, montagne ou gouffre, faille ou schize, demeure de l’infranchissable et une forme d’addiction en nous. Qui nous tient ? Qui tient qui – ou quoi ?
Reste que toute opération théologique demeure infinie mais sans garantie.
Néanmoins, elle vise à dénouer jusqu’à notre langue par celui d’un Autre – suspens de l’éternité et qui selon Poitevin devient notre « came » (écrit-il) pour appréhender la séparation entre un dehors et un dedans en une position dehors en une position dedans ; le tout pour exfiltrer de la chair les éléments accumulés par les excès de la chair et des mots. Restent entre dieu(x) et conscience une trame imaginale, un réel indépassable ou une réalité épuisante.
Nous pourrions appeler celaa de la lucidité. Poitevin nous l’apprend. Même si modestement il avoue : « qu’il n’y a pas de situation garantissant la permanence du « je vois » ou du « j’y vois clair » ou du « ça y est ». Sa messe est dite.
jean-paul gavard-perret
Jean-Louis Poitevin, Dieu, les dieux, le dieu De l’Iliade aux Évangiles, Douro, 2026, 320 p. – 22,00 €.