Jean Dufaux & Jérémy, Murena – Chapitre treizième : « Les Neronia »
Toujours plus de complots, de trahisons
Ce tome treize ouvre le quatrième et dernier cycle de la série. Celle-ci, commencée au siècle dernier, n’était pas dans les thèmes en vogue. Le péplum n’était plus au goût du jour. Mais, la qualité d’écriture, du graphisme, la foi dans cette histoire, boostée par la sortie de Gladiator de Ridley Scott, l’a emportée vers le succès que l’on connaît.
On annonce à Néron que Lucius Murena s’est évadé. Celui-ci semble soulagé comme le remarque son épouse. Cependant, parce que Tigellin l’accuse d’être un comploteur, il ordonne des recherches. Or, Lucius est toujours dans Rome refusant de partir en laissant Lemuria, la sœur de Pison, dans les griffes du Besogneux, un monstre. L’Hydre, cette guerrière mystérieuse qui lui a permis de fuir la prison veut l’aider à la sauver. Ayant enlevé la jeune femme à ses ravisseurs, Murena veut défendre son honneur.
Au palais de l’empereur, Tigellin évoque les troubles amenés par l’incendie de la ville, la conspiration de Pison. Il suggère d’organiser les Neronia, des jeux pour distraire le peuple. Si Lucius est un homme traqué, Néron n’est qu’un individu ordinaire et les dieux ne sont pas toujours fidèles, même à un empereur…
Les Neronia, ces jeux dédiés à Néron, eurent lieu pour la première fois en l’an 60 et devaient se dérouler tous les cinq ans. Contrairement à d’autres empereurs, Néron privilégiait les représentations théâtrales, musicales aux combats de toutes natures. Il s’y produisait pour chanter, clamer des poèmes de sa composition. Et malheur à ceux qui n’étaient pas attentifs comme un certain Vespasien…
Les auteurs continuent de livrer une fresque historique puissante, d’une belle intensité dramatique. Jean Dufaux poursuit l’exploration de cette période particulièrement riche en complots, en passions diverses et variées. Il met en opposition deux forces manipulatrices, Tigellin et l’Hydre, chacune tirant le maximum de l’empereur. Quant à Néron, le scénariste montre que s’il a une amitié indéfectible pour Murena, il sombre peu à peu dans la folie. Et ce dernier tente d’incarner une résistance face aux multiples intrigues et trahisons.
Le graphisme de Jérémy montre l’image d’une Rome flamboyante, des personnages campés de façon très réaliste, exprimant de belle manière une large gamme de sentiments. Il fait montre d’une belle maîtrise du cadrage, multiplie les plans allant du plus intimistes aux larges vues urbaines. Sa mise en scène est spectaculaire et d’une précision historique saisissante.
Pour sa palette de couleurs il retient des tons chauds et contrastés soulignant la grandeur impériale, mais aussi des ombres pour induire menace et manipulation.
S’il était encore besoin, avec ce nouveau tome, la série se maintient toujours au pinacle par le talent des deux auteurs, l’un sachant faire vivre un récit dramatique, l’autre le mettre en images éblouissantes.
serge perraud
Jean Dufaux (scénario) & Jérémy (dessin et couleurs), Murena – Chapitre treizième : Les Neronia, Dargaud, novembre 2025, 56 p. – 13,95 €.