Jacques Ferrandez, Orients perdus – L’aventure de Théodore Lascaris t.01 : « Nice, Malte, l’Égypte »
Une biographie romancée
La conquête de l’Égypte était une vieille tentation française. D’aucuns y pensaient déjà sous Louis XIV. Au lendemain de la Révolution, alors que l’Empire ottoman est exsangue, il est décidé de prendre ce territoire riche et bien placé pour ouvrir une route vers les Indes, mais surtout pour ruiner le commerce anglais. Ce projet se concrétise en juillet 1798. Le Directoire a nommé Bonaparte, ce petit général qui s’est couvert de gloire en Italie, chef des armées d’Orient. Mais, il ne s’agit pas d’une conquête. C’est une libération du peuple égyptien opprimé par la tyrannie des princes mamelouks.
Pour illustrer cette expédition, Jacques Ferrandez met en scène le destin de Théodore Lascaris de Vintimille. Né vers 1770, à Nice, il est le descendant présumé d’empereurs de Byzance au XIIIe siècle. Il met en avant qu’un de ses ancêtres a été Grand Maître de l’Ordre de Malte. Jeune homme insouciant, il pratique le dessin, la peinture, la musique.
Le récit débute en 1792. De nombreux aristocrates fuyant les menaces des révolutionnaires ont trouvé refuge dans le comté de Nice, faisant alors partie du royaume de Piémont-Sardaigne. Cependant, l’armée française est tout près, à Antibes. La menace d’une invasion se précisant, Théodore décide de partir pour Malte où il rejoint le siège de l’Ordre, faisant remarquer à tous qu’il descend d’un Grand Maître.
En 1798, Bonaparte, en route pour l’Égypte, conquiert l’île. Théodore voit l’occasion de partir à l’aventure et intègre le contingent de savants, d’artistes qui accompagne l’armée.
Ce premier tome raconte la vie de ce jeune homme et sa découverte de l’Égypte. Dans ce diptyque, l’auteur livre une fresque historique où le climat poétique trouve une belle place sans gommer les nombreux obstacles de l’expédition. Avec le parcours de de personnage authentique mais bien ignoré, même si le nom des Lascaris est bien connu des Niçois, c’est le récit d’une aventure humaine de trente-huit mois au bilan mitigé. Si l’expédition a été montrée comme glorieuse, c’est un échec militaire et un beau désenchantement.
Mis en images avec talent, magnifiquement mis en couleurs à l’aquarelle, Jacques Ferrandez, livre une chronique très visuelle qui mêle aventure, réflexion sur la colonisation, sur la vanité des conquêtes et la fragilité des rêves d’Orient. Superbe !
serge perraud
Jacques Ferrandez (scénario, dessin et couleurs), Orients perdus – L’aventure de Théodore Lascaris t.01 : Nice, Malte, l’Égypte, Éditions Daniel Magnen, septembre 2025, 144 p. – 23,00 €.