Victoire est la mélancolie

Victoire est la mélancolie

J’écris l’affirmation de mon retrait, souhaitant me diluer dans Chambéry où je fus baptisé catholique et romain quoique zappant sine die le Puissant, pissant au besoin sur des buis et griffonnant des publications oubliées. Observateur attentif des poissons rouges, mon écriture se limita à mon tic tentant de les calligraphier en tact. Et ce, ayant tout appris à Beckett, poignant dans ses chaussures et sans chaussettes même l’hiver, dans sa brasserie préférée et mangeant un filet de perche – ce qui était déjà une forme de poésie.

Amer, sarcastique mais bienveillant il m’apprit à me mettre tout le monde à dos et à vider le plus possible les lieux. Mon seul rêve resta de lui ressembler et comme lui (peut-être) de chasser les lecteurs. Vers sa fin,il eut de moins en moins de force pour faire comme s’il était vivant. L’échéance approcha après qu’il eut écrit un texte d’une page et sans le point final. Il y a dit une vérité de sa vie avec un poil joyeux de ses fictions, poèmes et films pour la télévision. Tous sont devenus élitistes ou plutôt une grâce car écrire ne sauve pas, ne sauve rien.
Quant aux poissons rouges, ils m’ont appris le monde. Et ils l’ont mieux que moi écrit. Dans leurs textes peu visibles, j’ai repéré des éléments récurrents et opaques par la fréquence de leurs volutes en formes de parenthèses. Ce sont les traces fortes d’une volonté de partage.

Photo : Jean-Daniel Lorieux

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