Ismaël Legrand, Deathbringer

Ismaël Legrand, Deathbringer

Des prêtres sacrifient un bébé dans le but de rétablir un équilibre entre des mondes. Cette ouverture installe immédiatement un univers où la magie est agressive, pourrie, où la vie humaine a peu de valeur.
Le capitaine Volostan, un pieu serviteur de la Sainte-Mère, rejoint la chaumière de Yagdrin. Il veut connaître le sens d’une expression utilisée dans une ancienne langue. Devant son refus, il la menace en lui faisant découvrir que Gilda, sa fille qu’elle croyait morte, est toujours en vie, torturée dans les geôles de l’inquisition. N’obtenant rien, il la tue et rejoint un groupe de cavaliers en emportant la tête.
Dans le groupe se trouve Henge, au visage balafré. Celle-ci lui fait part de sa vision au moment de la mort d’Yagdrin. Cette dernière était là, comme ce chevalier solitaire en pleine tempête. C’est le même homme qui trouve refuge dans un monastère. Dans sa chambre, le repas qu’on lui sert est empoisonné. Il tue les moines et va jusqu’à l’abbé qui le nomme le Guérisseur.
Henge, recueillie par Volostan quand elle n’était qu’une fillette, est devenue un soldat de la Sainte-Mère. Mais elle doute et tout part en vrille quand…

Ismaël Legrand, avec Deathbringer, signe une bande dessinée qui se révèle un récit de dark fantasy raffiné et intense. Il installe un univers ravagé par des forces occultes, usant de nombreuses références mythologiques et symboliques. Il met en scène deux protagonistes qui vont converger pour se révéler et affronter une lourde menace.
Il anime, cependant, quatre destinées très liées pour des raisons qui, obscures, vont se révéler dans un maelstrom de sentiments plus ou moins cruels, de situations conflictuelles tendues. Il y a Henge, une jeune inquisitrice tourmentée par des visions où apparaît un guerrier solitaire. Elle va découvrir qu’elle porte en elle une ascendance païenne longtemps refoulée et le secret lié à ses origines. Elle accompagne le capitaine Volostan à qui elle est liée depuis son enfance. Puis, ce guerrier mystérieux, silencieux, qui traverse des terres dévastées, laisse deviner un passé terrible et mène une mission inconnue. Et, pour réunir ce trio, une entité maléfique, le Dévoreur de Mondes, qui s’est échappée d’une prison magique. Elle menace l’équilibre du globe, matérialisant le chaos originel.

Avec son graphisme, en noir et blanc, Ismaël Legrand offre un dessin sombre et somptueux, d’une grande puissance visuelle. Il installe des paysages dévastés, des créatures occultes aux traits marmoréens, des scènes de combats déjantées. Il ne fait grâce d’aucune situation, montrant une humanité bien abimée, des corps et des visages où la décomposition fait œuvre. Mais il donne, avec son trait expressif, un beau réalisme aux protagonistes et aux décors.

L’histoire installe un univers riche, alimenté en mythes et symboles, déploie une montée en tension vers un affrontement terrible et une belle suite de révélations. Une remarquable épopée de dark fantasy qui se laisse découvrir avec passion.

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Ismaël Legrand, Deathbringer, Delcourt, coll. Hors Collection, novembre 2025, 216 p. – 25,50 €.

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