Corps d’O
(Pour un embrun de toilette)
Voués à la dérobade, nos secrets sont faits pour être cachés. Une certaine descente en soi peut les ouvrir aux yeux d’un(e) autre. En conséquence, nos secrets sont moins le mutisme qu’ils imposent que la bénévole complicité qu’ils peuvent accorder. Devenant une botte secrète, ils montrent que nous ne sommes pas seulement qui nous devenons. Ils délivrent une certitude (parfois oubliée) par le mouvement de nos lèvres plus tendres et rigoureuses que pour un simple baiser. Leurs aveux agrandissent notre espace.
Nous avançons sur ses flaques et sa libido sans se contenter de l’huile fade des bons sentiments. C’est comme si nous passions de la terre mélusine à Mars ou à Vénus. Articulées, nos pensées deviennent des rescapées et existe un corps sous leur chemise. Elles ne se refusent pas. L’obstruer grossirait leur égarement. Les partager remet soit nos rêves debout, soit illustre un réel qui devient autrement. Un tel aveu teste un bruit de la chair dans la gorge du monde.
jean-paul gavard-perret
Photo : Georges Dambier