Iren Mihaylova, Ombre d’une promesse

Iren Mihaylova, Ombre d’une promesse

Iren Mihaylova porte le deuil de notre époque qui chante depuis trop longtemps le bonheur de tuer le père. Bien avant la mort de son père qu’elle pleure à chaudes lettres, Iren vivait déjà dans le noir, si l’on en croit les titres de ses recueils : Tirer les ombres, En tirant les ombres, Sans fond de lumière, Lumineux désastres… Oui, chez Iren les astres sont des désastres qui donnent au noir et toute sa promesse d’ombre et toute l’ombre d’une promesse.
Elle ne choisit pas. Elle vit dans cet entre-deux que tisse l’écrit avec la mort, ici celle de son père que rien ni personne ne viendra remplacer sinon l’écriture et son va-et-vient macabre. « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », elle fait sonner les Cloches de Bâle (le chant du coq qui sonne à chaque heure dès lors que sonnent les cloches de Bâle), roman d’Aragon dont la première phrase dit à voix basse le secret de son auteur : « Cela ne fit rire personne quand Guy appela M. Romanet papa. »

Le père d’Aragon, n’ayant jamais reconnu son fils, est un père toujours déjà mort, un vide éternel à combler lettre après l’être. Ainsi Iren Mihaylova ! Ainsi va-t-elle d’oscillations en oscillations, comme le tympan qui fait sonner le poème jusqu’à recouvrir le bruyant tumulte du langage non poétique, et faire tomber sur nous ses lecteurs, une neige de mots impalpable et froide mais chaude comme l’ébranlement qu’elle suscite.
Une avalanche de flocons noirs qui crie au vide et à l’insupportable caducité de la vie, en attendant, dans cet espace de résonance, cette page blanche noircie de mots (et) de souffrance, l’idéal c’est-à-dire le reste, ce trait essentiel qu’est l’écriture ! Des lettres qui font corps avec le désastre, en regard des fleurs rouges dessinées sur le blanc du papier qu’Iren a peintes pour son défunt père, des astres rouge vif, rouge vie éternelle.

Iren Mihaylova, Ombre d’une promesse, dessins : Iren Mihaylova & Jacques Cauda, Editions poesie io, 2026, 116 p. – 17, 80 €.

Iren Mihaylova, Ombre d’une Promesse, lauréate de prix de poésie de l’Académie des Arts Littéraires de Toulouse 2026. Sélection finale du Prix Ganzo Espoir 2026.

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