Hure gente
(Que faire ?)
Ses pinceaux et les huiles n’ont pas quitté la boîte où ils dorment. Ils lui manquent mais elle n’a pas le temps. Elle a un ordinateur pour apprendre à « peindre », il faut se mettre à la page mais c’est dur car elle aime l’odeur et le chant du couteau qui glisse sur la toile, voir la couleur resplendissante qui se modifie selon le mouvement. Ses toiles sont toutes craquelées. Même les vernies. Le temps est dur avec l’huile.
Elle sait aussi que sa poésie ne bouge pas d’une ligne, c’est moins encombrant et plus fidèle. Elle voudrait s’y remettre mais elle aime trop les mots sans écrire sur un coin de table, il lui faut beaucoup de silence, éviter tour verbiage tant sa maison est pleine de bruit. « Patiente, patience dans l’azur ma fille », se dit-elle. Elle sait que chaque atome de silence est l’occase d’un fruit mûr. Si elle s’appuie sur sa table, il tombera sans avoir besoin de tomber à genoux.
jean-paul gavard-perret
Photo : Daido Moriyama