Adelheid Duvanel, La Correspondante

Adelheid Duvanel, La Correspondante

La Correspondante est le dernier livre publié du vivant d’Adelheid Duvanel. Inédit en français, se retrouve, avec une force et une précision sans pareil, tout ce qui constitue la voix si singulière de l’autrice suisse : son attention aux perceptions ténues, au hors-champ, aux situations d’exclusion et aux personnages en marge, mais aussi le souffle d’un monde foisonnant d’images et traversé par le vent, la brume, le soleil, les plantes et les animaux.
La brièveté de ses textes et leur originalité, les circonstances de sa disparition et le temps passé en clinique psychiatrique rapprochent Adelheid Duvanel de Robert Walser et Kafka. comme eux, elle est capable d’instaurer un étrange quotidien en un minimum de mots et ses œuvres narratives sont parmi les plus imposantes du XXe siècle.

Ces courts récits sont comme les éclats condensés de vies anonymes et secrètes. Ils en explorent les mystères, l’univers vibrant de craintes et de désirs. À la frontière du rêve, l’écriture sobre et intense d’Adelheid Duvanel reste étrangère au monde : « Dans ma tête, je suis encore et toujours dans le train ; le paysage défile à hauteur de mon œil droit : la forêt rend le brouillard encore plus sombre. Parfois, dans un virage, je vois la tête du train qui s’éloigne en sifflant. Un garçon avec une cage à oiseau dans laquelle se trouve un serpent me regarde.»

La Correspondante n’est plus la figure privilégiée et quasi exclusive du recueil. Se retrouve surtout le motif emblématique de l’autrice : la dichotomie intérieur/extérieur, souvent matérialisée par le verre (vitre, fenêtre, lunettes embuées), à la fois transparence et obstacle. Se retrouve, là encore, la présence des éléments qui traversent son livre : le foisonnement d’images à forte coloration anthropomorphique. Dans cet archipel d’un tel livre qui gravite autour d’un astre noir qui serait « le droit d’être inapte à la vie » et qui trouva là son délai de grâce.

jean-paul gavard-perret

Adelheid Duvanel, La Correspondante, traduction Catherine Fagnot, José Corti, Paris, 2025 – 17,00 €.

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